Critique

La Vie est belle

Titre original : It's a Wonderful Life

IMDb 8.6 / 10
Allociné 5.0 / 5
Rotten T. 94%
Critique
Affiche de La Vie est belle

La Vie est belle

La Vie est belle, sorti en 1946, met James Stewart sous la direction de Frank Capra dans l’histoire d’un homme persuadé d’avoir raté sa vie et sauvé in extremis par une intervention céleste. Le film est devenu un rituel de fin d’année, presque un objet liturgique. C’est peut-être la meilleure raison de lui résister un peu. Stewart, immense acteur quand il laisse affleurer une fêlure incontrôlée, joue ici avec une bonté inquiète qui touche, mais que Capra force sans cesse à retourner vers l’édification. Donna Reed apporte une grâce très réelle, pourtant le film préfère souvent l’exemplarité à la complexité, comme s’il craignait qu’un être humain nuancé abîme sa parabole civique.

Capra, cinéaste de la foi démocratique, connaît le pouvoir des élans. Mais ici, il souligne tant la vertu qu’il finit par lui ôter une part de sa délicatesse. Chaque émotion est préparée, conduite, accompagnée vers sa conclusion morale. Le spectateur n’est pas ému : il est guidé vers l’émotion comme par un ange particulièrement insistant.

Le rapport à l’histoire ne passe pas ici par une comparaison brutale, mais par un décalage de focale. 1946 voit renaître le Festival de Cannes après la guerre, comme si le cinéma voulait rouvrir ses fenêtres sur le monde entier. La Vie est belle, lui, ramène tout vers la petite ville, le voisinage, l’abnégation domestique. Le monde recommençait à circuler ; Capra réaffirmait avec ferveur que le salut se trouve dans la rue d’à côté. C’est beau, mais aussi singulièrement rétréci.

On comprend pourquoi le film console. On comprend aussi pourquoi il irrite : sa sincérité ressemble parfois à une méthode de pression douce. Il ne laisse guère la possibilité de résister sans se sentir soi-même un peu coupable.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un ange remplaçant aurait stoppé trois prises parce qu’il refusait d’entrer dans le champ tant que ses ailes n’obtenaient pas un vernis “plus ontologiquement lumineux”.