Django Unchained
Django Unchained, en 2012, fait traverser le Sud esclavagiste à Django, chasseur de primes affranchi, et au Dr King Schultz, mentor bavard et armé, jusqu’à une plantation où tout doit exploser moralement et physiquement. Quentin Tarantino dirige Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, Kerry Washington et Samuel L. Jackson avec cette jubilation de cinéphile pyromane qui lui sert de signature. Foxx reste plus solide que spectaculaire ; Waltz, très charmant, rejoue aussi ce que Tarantino sait le mieux lui faire jouer ; DiCaprio trouve dans Calvin Candie une hystérie utile, mais très ostensiblement performée. Tarantino, après Inglourious Basterds, traite une matière historique infiniment plus lourde comme une forge à bravoure, citation, vengeance et maîtrise pop. Il en tire une énergie réelle. Il en tire aussi une certaine insolence décorative.
2012 est l’année où Barack Obama est réélu à la présidence des États-Unis. L’imaginaire politique américain se débat alors encore avec les questions de race, de mémoire et de récit national. Django Unchained entre dans ce paysage en choisissant la voie la plus tarantinesque possible : non pas le malaise, mais le fantasme de réparation armée et de spectacle libératoire. C’est un geste fort, évidemment ; c’est aussi une manière très confortable de substituer au passé une vengeance réglée comme un feu d’artifice.
Le film amuse, choque, fait parler. Il semble surtout ravi de se savoir audacieux. À force de styliser la violence et de la plier à la jubilation du genre, il réduit par moments ce qu’il prétend dynamiter. Le cinéma gagne en combustion ce qu’il perd en gêne véritable. C’est exaltant ; c’est aussi une façon extrêmement habile de ne jamais rester longtemps dans l’inconfort.
🎬 Le saviez-vous ?
un faux sachet de poussière rouge aurait été mis en observation après avoir recouvert un script entier en déclarant que “le western avait déjà assez de mythologie sans son aide”.