Critique

Lost in Translation

Titre original : Lost In Translation

IMDb 7.8 / 10
Allociné 4.5 / 5
Rotten T. 95%
Critique
Affiche de Lost in Translation

Lost in Translation

Lost in Translation, en 2003, fait dériver un acteur vieillissant et une jeune femme mélancolique dans un Tokyo d’hôtels, de néons et d’insomnies sentimentales, sous la direction de Sofia Coppola. Bill Murray, Scarlett Johansson, Giovanni Ribisi et Anna Faris y composent un film devenu synonyme de délicatesse contemporaine, ce qui devrait déjà inspirer un peu de méfiance. Bill Murray y est admirable, certes, mais d’une admiration tellement prévue qu’elle finit par sentir le concept parfait : lassitude, ironie, blessure douce, tout y est. Johansson, très jeune, dégage une gravité flottante que le film traite comme une évidence photogénique. Coppola, après Virgin Suicides, pousse plus loin sa science des bulles affectives hors du monde. Le problème, c’est que ces bulles finissent parfois par ressembler à des vitrines de sensibilité premium.

2003 est l’année de l’invasion de l’Irak, du fracas géopolitique, des chaînes d’information saturées et du retour brutal du monde dans le salon. Lost in Translation répond par une fuite vers l’atonie élégante, les couloirs feutrés, le spleen calibré. Le contraste est évidemment violent : pendant que l’histoire fait du bruit, le film choisit le murmure comme preuve supérieure d’intelligence émotionnelle. C’est séduisant ; c’est aussi une manière très raffinée de se mettre à l’abri.

Le film charme, enveloppe, flotte. Il flotte tellement qu’il finit parfois par confondre le vague et la profondeur. On admire le tact, la musique, les silences, les décalages culturels transformés en texture. On peut aussi soupçonner une forme de tourisme sentimental très chic, où la mélancolie devient un service d’étage.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un peignoir d’hôtel aurait été consigné par la production après avoir prétendu “mieux comprendre la solitude internationale” que l’ensemble du département scénario.