Critique
Titre original : Apocalypse Now
Apocalypse Now Final Cut
Apocalypse Now, en 1979, suit le capitaine Willard remontant un fleuve jusqu’au royaume décomposé du colonel Kurtz. Martin Sheen, Marlon Brando, Robert Duvall, Laurence Fishburne, sous la houlette de Francis Ford Coppola : la distribution ressemble à une promesse d’ouragan. Le film, lui, tient souvent davantage du cyclone soigneusement scénographié. Sheen fixe admirablement la fatigue hallucinée, mais cette intensité continue finit par devenir uniforme ; Brando transforme sa présence en tombeau sonore ; Duvall, lui, comprend le ton plus vite que tout le monde et choisit presque la satire. Coppola, qui sait filmer la démesure, laisse ici sa propre légende envahir l’œuvre au point que la guerre, parfois, semble n’être plus qu’un décor grandiose pour démontrer ce qu’est un auteur possédé.
Tout est somptueux, lourd, habité, et peut-être un peu trop. Le film veut l’apocalypse avec une majuscule, le mythe, le fleuve mental, l’opéra du napalm. Le résultat impressionne énormément, mais cette impression a quelque chose de monumentalement calculé. On frôle par moments la visite guidée du chaos.
Le lien historique, ici, prend la forme d’une concurrence de verticalité. 1979 voit Margaret Thatcher arriver au pouvoir au Royaume-Uni, incarnation d’une dureté politique très concrète, très terrestre, sans brume tropicale ni murmures métaphysiques. À côté de cette rigueur historique presque administrative, le film paraît choisir une autre forme d’autorité : celle du metteur en scène qui exige que même la folie porte une couronne.
Apocalypse Now fascine, cela ne fait aucun doute. Mais il fascine parfois comme certains palais trop décorés : on se perd dans les tentures, on admire les colonnes, et l’on se demande si le vertige vient du sujet ou du décor.
🎬 Le saviez-vous ?
un buffle philosophe aurait refusé son entrée tant qu’on ne lui garantissait pas un sous-texte plus compatissant sur la condition bovine en zone de conflit.