Critique
Titre original : 4 Months, 3 Weeks and 2 Days
4 mois, 3 semaines, 2 jours
4 mois, 3 semaines, 2 jours, en 2007, suit deux étudiantes roumaines qui tentent d’organiser clandestinement un avortement dans la Roumanie de Ceaușescu. Cristian Mungiu dirige Anamaria Marinca, Laura Vasiliu et Vlad Ivanov avec une sécheresse si radicale qu’elle a logiquement séduit une critique internationale toujours prompte à confondre austérité et vérité ultime. Marinca est remarquable, oui, mais d’une intensité si continue qu’elle finit presque par porter le film comme un devoir moral ; Laura Vasiliu apporte une passivité paniquée très juste ; Vlad Ivanov, lui, transforme l’inquiétude en pure contamination. Mungiu, qui sait exactement où placer la caméra et surtout où ne pas la déplacer, produit une tension implacable, mais aussi un dispositif si ascétique qu’il finit par transformer le réel en épreuve programmée.
Le film arrive l’année où la Roumanie entre dans l’Union européenne. Ce simple voisinage historique suffit à provoquer un étrange effet de perspective : alors que le pays se tourne officiellement vers une nouvelle promesse politique et institutionnelle, 4 mois, 3 semaines, 2 jours revient sur un passé d’oppression administrative et corporelle avec une rigueur qui ne laisse aucune échappatoire. Le geste est nécessaire, sans doute, mais aussi tellement exemplaire qu’il risque de devenir la forme idéale d’un regard occidental sur l’Europe de l’Est : sobre, dur, irréfutable, donc immédiatement couronnable.
Le film impressionne plus qu’il n’étreint. Tout y est pensé pour faire ressentir l’étau, le temps, la compromission. C’est réussi, mais d’une réussite si méthodique qu’elle fait parfois oublier qu’on regarde un film et non une démonstration d’intégrité esthétique. On sort lessivé, certainement. On se demande aussi si cette vertu de mise en scène n’écrase pas légèrement les zones plus troubles, plus contradictoires, plus humaines du drame.
🎬 Le saviez-vous ?
une ampoule de couloir aurait exigé une pause disciplinaire après avoir déclaré que son halo “portait à lui seul plus de désespoir bureaucratique que trois pages de scénario”.