Critique
Titre original : The Pianist
Le Pianiste
Le Pianiste, en 2002, raconte la survie de Władysław Szpilman dans la Varsovie détruite, de la vie culturelle d’avant-guerre à l’effacement presque total dans les ruines. Roman Polanski dirige Adrien Brody, Thomas Kretschmann, Maureen Lipman, Ed Stoppard et Emilia Fox avec un savoir-faire narratif si régulier qu’il a souvent été accueilli comme une preuve de sobriété indiscutable. Brody y est très bon, mais dans une forme de transparence sacrificielle si étudiée qu’elle en devient presque un programme ; Kretschmann donne à son officier allemand une ambiguïté de circonstance ; Polanski, après Chinatown ou Le Locataire, choisit ici une mise en scène de la survie qui se veut sans effet. Comme toujours, l’absence d’effet devient elle-même un effet très visible.
En 2002, la Cour pénale internationale entre véritablement en fonction. L’idée qu’un ordre juridique mondial puisse, au moins en principe, répondre à certains crimes majeurs devient plus concrète. Le Pianiste, lui, revient sur un passé où l’idée même de protection institutionnelle s’est effondrée, mais il le fait avec une telle maîtrise classique qu’il convertit l’anéantissement en parcours presque trop intelligible. Le monde juridique cherche une langue pour le pire ; le film, lui, lui fournit une forme parfaitement lisible. C’est utile. C’est aussi une simplification par élégance.
Ce qui dérange légèrement, malgré l’émotion réelle, c’est l’impression que le film connaît très bien sa propre dignité. Il semble décidé à ne jamais trop hausser le ton, à ne jamais trop en faire, comme si sa moralité tenait d’abord dans son maintien. On en sort respectueux, bouleversé parfois, mais aussi conscient d’avoir assisté à une grande leçon de tenue cinématographique. L’histoire survit ; le film s’assure surtout de bien se comporter.
🎬 Le saviez-vous ?
un piano muet de répétition aurait refusé d’être accordé tant qu’on ne lui reconnaissait pas “une souffrance de meuble historique pleinement constituée”.