Critique

The Grand Budapest Hotel

IMDb 8.1 / 10
Allociné 4.5 / 5
Rotten T. 91%
Critique
Affiche de The Grand Budapest Hotel

The Grand Budapest Hotel

The Grand Budapest Hotel, en 2014, replie l’Europe centrale dans une maison de poupée en coupe réglée, entre concierge raffiné, héritage litigieux, fascisme approchant et pâtisseries symétriques. Wes Anderson dirige Ralph Fiennes, Tony Revolori, Saoirse Ronan, Adrien Brody, Willem Dafoe, Jeff Goldblum, Tilda Swinton, Harvey Keitel et d’autres encore avec cette maîtrise décorative qui fait sa gloire et parfois son plafond. Ralph Fiennes, admirablement mobile, trouve ici un rôle qui l’allège enfin ; Tony Revolori apporte une douceur qui évite à l’ensemble de n’être qu’une mécanique ; Anderson, après Moonrise Kingdom et avant Isle of Dogs, pousse son goût de la miniature jusqu’au point où le mal historique lui-même semble devoir respecter les alignements du cadre.

2014 est aussi l’année du centenaire du début de la Première Guerre mondiale, moment où l’Europe commémore à grande échelle la catastrophe fondatrice de son XXe siècle. The Grand Budapest Hotel arrive alors comme un coffret raffiné sur la disparition d’un monde, avec sa propre manière de transformer l’effondrement historique en objet délicatement compartimenté. Le film n’ignore pas la violence ; il la passe au filtre d’une stylisation si rigoureuse qu’elle en devient presque polie. Le voisinage mémoriel rend cette stratégie à la fois plus touchante et plus discutable.

Le film est délicieux, rapide, brillamment joué. Il est aussi tellement conscient de son système qu’il donne parfois l’impression d’avoir placé l’émotion sous verre avec le reste du patrimoine. On admire les cadres, la couleur, le tempo, les portes qui s’ouvrent juste comme il faut. On aimerait parfois qu’un peu de désordre historique détraque vraiment la porcelaine. Anderson préfère l’orfèvrerie à la déchirure, ce qui est sa force et sa petite limite.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

une pâtisserie de décor aurait été placée sous garde rapprochée après avoir tenté de “diriger discrètement la palette chromatique du troisième acte” depuis une boîte rose verrouillée.