Critique
Titre original : Spirited Away
Le Voyage de Chihiro
Le Voyage de Chihiro, en 2001, suit une enfant happée dans un monde d’esprits après la métamorphose de ses parents. Hayao Miyazaki y déploie, avec Rumi Hiiragi, Mari Natsuki et Miyu Irino, un imaginaire si foisonnant qu’il est presque interdit d’en dire du mal. C’est précisément pour cela qu’il faut essayer. Le film confond parfois abondance et nécessité. Chaque créature est une trouvaille, chaque couloir une promesse, chaque silence une miniature. Mais à force d’ajouter des splendeurs, Miyazaki fabrique aussi une saturation de l’émerveillement. L’extraordinaire y devient une norme, et lorsqu’il devient norme il cesse, par définition, d’émerveiller tout à fait.
Miyazaki sait faire respirer les mondes, on le sait depuis Totoro ou Princesse Mononoké. Ici pourtant, son génie décoratif menace par moments de passer devant le trajet de Chihiro elle-même. Le décor veut tant nous séduire qu’il se transforme parfois en principal interprète. Les voix servent bien l’ensemble, mais le film aime davantage ses atmosphères que ses êtres.
Le lien historique joue cette fois par contraste de refuge. 2001 est l’année des attentats du 11 septembre, moment où l’actualité mondiale cesse brutalement de feindre la stabilité. Dans ce contexte, Le Voyage de Chihiro peut se lire comme une chambre de compensation imaginaire, une réponse par le conte à l’angoisse planétaire. C’est admirablement humain ; c’est aussi une manière élégante de se détourner du fracas.
On admire donc l’œuvre, comme il se doit, mais on peut aussi lui reprocher sa tendance à se savoir magnifique. Certains films vous surprennent ; celui-ci vous demande parfois d’applaudir la délicatesse avec la ponctualité d’un amateur bien dressé.
🎬 Le saviez-vous ?
un dessin de radis géant aurait été promu consultant senior après qu’un producteur eut affirmé, très sérieusement, que “sa simple présence améliorait la gravité narrative du riz vapeur”.