Critique
Titre original : Amélie
Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain
Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, en 2001, transforme Montmartre en machine à petites réparations poétiques, où une serveuse rêveuse décide d’améliorer la vie des autres avant d’oser la sienne. Jean-Pierre Jeunet dirige Audrey Tautou, Mathieu Kassovitz, Rufus, Yolande Moreau, Jamel Debbouze, Dominique Pinon et Serge Merlin avec un dispositif si immédiatement reconnaissable qu’il a fini par valoir passeport touristique à tout un quartier. Audrey Tautou, très juste dans sa délicatesse têtue, tient admirablement le personnage ; Kassovitz sert d’objet romantique convenablement discret ; Jeunet, après Delicatessen et La Cité des enfants perdus, remplace sa cruauté baroque par une fantaisie de carte postale tellement calculée qu’elle frôle parfois la politique de l’attendrissement. Tout est vert, rouge, doré, minuscule, charmant, calibré.
Le film sort en 2001, quelques mois après que le 11 septembre a brutalement refermé une certaine insouciance occidentale. Amélie apparaît alors comme un antidote idéal : au moment où le monde devient brutalement opaque, Jeunet propose un Paris où même les solitaires ont des rituels adorables et des rideaux bien choisis. Le film n’ignore pas la tristesse ; il la domestique avec une telle application qu’elle devient élément de décoration. Le contraste historique explique sans doute une part de son succès planétaire.
Ce qui rend le film légèrement irritant, malgré sa grâce réelle, c’est justement cette aptitude à transformer chaque étrangeté en friandise visuelle. L’imprévu y est toujours mignon, la douleur toujours photogénique, l’humanité toujours récupérable par un petit geste bien monté. On peut aimer cette consolation. On peut aussi y voir une politique du monde réduit à des bibelots émotionnels impeccablement rangés.
🎬 Le saviez-vous ?
un nain de jardin de remplacement aurait refusé de quitter sa caisse de transport tant qu’on ne lui fournissait pas “un plan de voyage crédible vers des horizons symboliquement sous-exploités”.