Critique

Sur les quais

Titre original : On the Waterfront

IMDb 8.2 / 10
Allociné 4.1 / 5
Rotten T. 99%
Critique
Affiche de Sur les quais

Sur les quais

Sur les quais, en 1954, fait de Terry Malloy, ancien boxeur et docker compromis, une conscience hésitante au milieu de la corruption syndicale des docks de Hoboken. Elia Kazan y dirige Marlon Brando, Eva Marie Saint, Karl Malden, Lee J. Cobb et Rod Steiger avec une intensité que l’histoire du cinéma a transformée en mythe moral. Brando y est immense, oui, mais immense de cette manière qui finit par devenir la raison même pour laquelle le film est moins interrogé qu’admiré. Son naturel, ses silences, ses ruptures de souffle sont devenus tellement emblématiques qu’ils écrasent presque le reste du dispositif. Kazan, dont la mise en scène est évidemment très sûre, semble parfois moins intéressé par les ambiguïtés du milieu que par la fabrication d’une grande rédemption filmée de près.

Le film paraît l’année où la défaite française à Diên Biên Phu annonce la fin d’un empire colonial en Indochine. Le réel prouve alors qu’un système de pouvoir peut s’effondrer par fatigue, par aveuglement et par violence structurelle. Sur les quais propose sa propre version d’un système pourri, mais la traite avec une solennité si exemplaire qu’elle finit par blanchir la complexité du conflit social au profit d’un itinéraire de conscience plus facile à célébrer.

Le film demeure passionnant, mais il sait trop bien qu’il est du bon côté du courage civique. Cette certitude morale lui donne sa force ; elle lui retire aussi un peu de son trouble. On en sort convaincu d’avoir vu un grand film social, oui, mais aussi une œuvre qui transforme les gris du monde en noir et blanc très commode.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

une caisse de poissons du décor aurait tenté de faire grève pour “représentation insuffisante de la pourriture matérielle”, bloquant un travelling pendant quarante minutes.