Critique

Le Pianiste

Titre original : The Pianist

IMDb 8.5 / 10
Allociné 4.1 / 5
Rotten T. 95%
Critique
Affiche de Le Pianiste

Le Pianiste

Le Pianiste, en 2002, retrace la survie de Władysław Szpilman dans le ghetto de Varsovie puis dans une ville détruite par la guerre. Roman Polanski y dirige Adrien Brody, Thomas Kretschmann, Frank Finlay, Maureen Lipman et Emilia Fox avec un classicisme de plus en plus dépouillé. Adrien Brody y accomplit un travail physique indéniable, jusqu’à l’effacement, et cette performance a naturellement envahi le souvenir du film. Pourtant, à force de suivre la dévastation avec une retenue exemplaire, Polanski fabrique aussi une expérience d’une correction presque intimidante. Tout y est tenu à la bonne distance. Même l’horreur semble filtrée par une conscience de mise en scène qui refuse de se salir autrement que par nécessité légitime. Comparé à l’angoisse plus psychique de Repulsion ou au dérèglement de Rosemary’s Baby, le film paraît presque administratif dans sa grande douleur.

2002 est aussi l’année de l’entrée en vigueur de la Cour pénale internationale. Le monde juridique tente alors d’installer des formes de responsabilité face aux crimes massifs. Le Pianiste, à sa manière, arrive dans cette atmosphère de mémoire cadrée, d’archives, de témoignages, de réparation incomplète. Cela renforce sa stature morale, sans doute ; cela explique aussi pourquoi il est si rarement interrogé comme objet de cinéma, tant son sujet et son moment historique semblent le protéger d’avance.

Il faut pourtant dire que le film, malgré sa puissance, confond parfois retenue et neutralisation. On voit tout, mais à travers un verre très propre. Le résultat est respectable, solide, poignant ; il est aussi un peu trop bien élevé pour le chaos qu’il prétend approcher.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un piano muet de répétition aurait refusé d’être accordé tant qu’on ne lui reconnaissait pas “une souffrance de meuble historique pleinement constituée”.