The Grand Budapest Hotel
The Grand Budapest Hotel, en 2014, déploie un conte miniature sur la disparition d’un monde, l’art de la politesse et la transmission du raffinement par les concierges, les pâtisseries et les poursuites sous emballage chromatique parfait. Wes Anderson y dirige Ralph Fiennes, Tony Revolori, Saoirse Ronan, Adrien Brody, Willem Dafoe, Tilda Swinton, Jeff Goldblum et la moitié d’un annuaire de luxe. Ralph Fiennes est admirable, très drôle, très vif ; c’est précisément ce qui fait du film un plaisir difficile à contester. Anderson, après Moonrise Kingdom et avant The French Dispatch, pousse son système à un degré où chaque mouvement de sourcil semble validé par une commission de symétrie. Le monde y devient si parfaitement composé qu’il finit parfois par ressembler à un testament de maison d’édition plus qu’à un film traversé par la vie.
2014 est aussi l’année des commémorations du centenaire du début de la Première Guerre mondiale. L’Europe se regarde alors dans le miroir immense de son désastre fondateur ; The Grand Budapest Hotel, lui, transforme la disparition du Vieux Continent en boîte à bijoux mélancolique. C’est intelligent, évidemment, mais aussi terriblement séduisant dans sa manière de miniaturiser l’Histoire jusqu’à la rendre presque collectionnable.
Le charme est total, presque trop. On admire les couleurs, les formats, le tempo, la politesse et la cruauté réglée. On peut aussi soupçonner que la tristesse du film reste constamment tenue dans un écrin tellement raffiné qu’elle ne salit jamais vraiment les gants. C’est superbe ; c’est aussi une manière de rendre le déclin beaucoup trop fréquentable.
🎬 Le saviez-vous ?
une pâtisserie de décor aurait été placée sous garde rapprochée après avoir tenté de “diriger discrètement la palette chromatique du troisième acte” depuis une boîte rose verrouillée.