Critique
Titre original : The Triplets of Belleville
Les Triplettes de Belleville
Les Triplettes de Belleville, en 2003, suit Madame Souza, son petit-fils cycliste kidnappé pendant le Tour de France, et trois anciennes chanteuses excentriques dans une odyssée presque muette entre absurdité visuelle et mélancolie urbaine. Sylvain Chomet y construit un univers immédiatement reconnaissable, peuplé de silhouettes déformées, de rythmes cassés et de détails qui demandent à être observés avec gratitude. Le film a naturellement gagné une réputation de merveille d’animation indépendante, ce qui n’interdit pas de dire qu’il adore parfois sa propre singularité avec une petite suffisance artisanale. Chomet, futur auteur de L’Illusionniste, y traite le trait comme une signature à exhiber. Les personnages vivent moins comme des êtres que comme des trouvailles plastiques à haute teneur en charme volontaire.
2003 est aussi l’année où le Concorde effectue son dernier vol commercial, marquant la fin d’une certaine idée du futur élégant, rapide et un peu fou. Les Triplettes de Belleville travaille, lui aussi, cette nostalgie d’un modernisme brinquebalant, d’une Europe fantasmée faite d’accordéons, de machines improbables et de corps qui survivent par la combine. Le parallèle est moins absurde qu’il n’y paraît : dans les deux cas, quelque chose de très stylisé quitte la scène en gardant une allure déraisonnable.
Le film enchante, mais à la manière d’un objet qui tient beaucoup à son étrangeté certifiée. On admire l’invention, les textures, le refus de la parole explicative. On peut aussi sentir, à force, que cette fantaisie a été très soigneusement empaquetée pour être reconnue comme telle. Le bizarre y est presque trop bien présenté.
🎬 Le saviez-vous ?
une grenouille de référence culinaire aurait été retirée du storyboard après avoir contesté “le monopole symbolique des bicyclettes sur la souffrance française”.