Critique

Le Silence des agneaux

Titre original : The Silence of the Lambs

IMDb 8.6 / 10
Allociné 4.8 / 5
Rotten T. 96%
Critique
Affiche de Le Silence des agneaux

Le Silence des agneaux

Le Silence des agneaux, sorti en 1991, met aux prises Clarice Starling et Hannibal Lecter sous la direction de Jonathan Demme. Jodie Foster et Anthony Hopkins y sont si immédiatement mémorables que le film semble à l’abri de toute mauvaise humeur critique. Or il ne devrait pas l’être. Foster est admirable de précision, mais précisément trop précise : tout est réglé, tendu, propre, comme si Clarice avait déjà été pensée pour les manuels d’interprétation. Hopkins compose Lecter avec une jubilation clinique dont l’efficacité est incontestable, mais cette efficacité a quelque chose d’un numéro premium, impeccablement emballé pour devenir iconique. Demme, cinéaste plus sensible qu’on ne le dit, remplace ici une part de sa tendresse humaine par un dispositif presque démonstratif.

Le film progresse comme un scalpel. C’est sa force et sa limite. Rien ne dépasse, rien ne dérive. Le thriller n’est pas seulement bien tenu, il est tenu trop fermement, avec cette obsession de l’impact net qui finit par faire du monstre un objet d’exposition. On ne sent pas vraiment l’odeur du mal ; on en visite la salle consacrée.

Le détour historique, lui, fonctionne par échelle. 1991 est aussi l’année de la disparition officielle de l’Union soviétique. Le monde, immense, se décompose et se reconfigure dans un vacarme d’empires finissants. Demme, lui, enferme l’horreur dans des cellules, des couloirs, des gros plans calibrés. Le contraste est presque amusant : le siècle s’effondre à ciel ouvert pendant que Hollywood perfectionne l’art de faire peur en intérieur.

Le film reste redoutablement efficace, mais d’une efficacité qui ressemble parfois à la bonne gestion d’un musée du trouble. On admire, on frissonne, et l’on sent malgré tout la machine tourner avec trop de grâce pour être pleinement inquiétante.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un haricot de cantine aurait été engagé comme conseiller psychologique des ascenseurs après avoir prétendu détecter, à l’odeur, les scènes insuffisamment sinistres.