Critique

Ed Wood

IMDb 7.9 / 10
Allociné 4.4 / 5
Rotten T. 92%
Critique
Affiche de Ed Wood

Ed Wood

Ed Wood, en 1994, raconte la trajectoire du plus enthousiaste des mauvais cinéastes, entouré d’une petite cour de marginaux, de Bela Lugosi crépusculaire et d’une foi absolument déraisonnable dans la magie du cinéma. Tim Burton y dirige Johnny Depp, Martin Landau, Sarah Jessica Parker, Patricia Arquette, Jeffrey Jones et Bill Murray dans un noir et blanc dont la tendresse a depuis longtemps gagné son immunité critique. C’est précisément cette tendresse qui mérite d’être un peu secouée. Johnny Depp, à l’époque où il savait encore jouer l’étrangeté sans la transformer en produit dérivé de lui-même, fait d’Ed Wood un enthousiaste si pur qu’il en devient presque un concept ; Landau, superbe, apporte au film une gravité plus toxique et plus intéressante. Burton, après Edward Scissorhands et Batman Returns, filme ici son autoportrait rêvé de démiurge maladroit, et l’on sent qu’il aime tellement cette figure qu’il en gomme presque toute aspérité réelle.

1994 est aussi l’année où Nelson Mandela devient président de l’Afrique du Sud après les premières élections multiraciales. Le monde voit alors triompher une figure historique dont la persévérance a un poids concret. Ed Wood, lui, propose une version infiniment plus inoffensive de l’obstination : croire dur comme fer à ses visions même lorsqu’elles n’ont ni budget, ni sens, ni prise sur le réel. La comparaison est évidemment ridicule, mais elle met au jour une vérité du film : il confond parfois l’innocence, la vocation et l’auto-illusion avec un même sourire attendri.

Ce qui gêne légèrement, c’est la façon dont Burton sanctifie la médiocrité dès lors qu’elle est habitée par l’amour de l’art. C’est séduisant, bien sûr, mais aussi un peu facile. Le film vous demande d’aimer son loser comme une version pure du créateur, et il le fait avec un tel talent qu’on oublie presque d’examiner cette idée. On rit, on s’émeut, on célèbre la marge ; on reçoit aussi une jolie leçon très bien emballée sur la noblesse des ratés.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un pull angora d’essai aurait été enfermé dans une malle après avoir exigé qu’on respecte davantage “la densité tragique de sa fibre capillaire”.