Volver
Volver, en 2006, ramène Almodóvar aux mères, aux filles, aux revenantes et aux cuisines où les secrets de famille mijotent à feu doux, avec Penélope Cruz, Carmen Maura, Lola Dueñas, Blanca Portillo et Yohana Cobo. Le film est souvent reçu comme l’une des plus belles preuves de sa maturité, ce qui permet surtout d’éviter de dire qu’il tourne parfois à l’autocélébration adoucie. Penélope Cruz y est splendide, d’accord, mais d’une splendeur si consciemment orchestrée qu’elle frôle parfois l’illustration d’un idéal almodovarien plutôt que la surprise pure. Carmen Maura, revenante majuscule, apporte davantage de trouble. Almodóvar, après Tout sur ma mère et Parle avec elle, revient à ses obsessions avec la sérénité d’un cinéaste qui sait que sa palette de couleurs, sa compassion et ses casseroles suffisent désormais à désarmer la critique.
2006 est aussi l’année de la catastrophe du vol Varig 1907 au Brésil et, plus largement, d’un climat européen traversé par des débats sur la mémoire, les disparitions et les cicatrices enfouies des sociétés post-franquistes ou post-dictatoriales. Volver vient s’inscrire dans ce moment où le passé refuse de rester enterré. Mais là où le réel revient de manière heurtée, le film préfère des retours délicatement chorégraphiés, réglés à la fois par le mélodrame et la mise en pli. C’est beau, évidemment ; c’est aussi une manière très confortable d’apprivoiser les fantômes.
Le film charme sans relâche, au point de parfois confondre grâce et automatisme. Chaque scène a l’air de savoir exactement à quel degré de chaleur humaine elle doit se maintenir. On voudrait parfois qu’Almodóvar accepte de laisser entrer un peu plus de désordre dans cet univers si bien tenu, plutôt que de transformer la douleur en velours rouge et en vent de cimetière très photogénique.
🎬 Le saviez-vous ?
une casserole de paella de répétition aurait été consignée après avoir affirmé qu’elle “portait à elle seule l’héritage émotionnel de trois générations de femmes mal résolues”.