Critique
Titre original : The Straight Story
Une histoire vraie
Une histoire vraie, en 1999, suit Alvin Straight, vieil homme décidé à traverser plusieurs États sur une tondeuse à gazon pour revoir son frère malade. David Lynch, cinéaste des cauchemars et des oreille coupées, y dirige Richard Farnsworth, Sissy Spacek et Harry Dean Stanton dans ce qui passe souvent pour son film le plus simple, le plus pur, presque le plus désarmant. C’est précisément ce qui peut agacer. Richard Farnsworth est très juste, très digne, presque trop ; son personnage devient vite une incarnation roulante de la bonté américaine discrète. Lynch, après Lost Highway et avant Mulholland Drive, choisit ici de retirer l’étrangeté visible sans renoncer à son goût pour les marges rurales. Le résultat fascine surtout parce qu’il ressemble à un Lynch sans menace apparente, ce qui suffit à beaucoup pour crier au miracle.
1999 est aussi l’année du bug de l’an 2000 annoncé, moment où le monde technologique s’inquiète de ses propres systèmes et de sa dépendance aux machines complexes. Une histoire vraie répond par l’outil le plus lent, le plus rustique, le plus absurde possible : une tondeuse. Le film se lit alors comme une fantaisie rétroactive sur la résistance douce au futur, un refus poli de la vitesse et de l’angoisse numérique. C’est charmant, bien sûr, mais aussi légèrement appuyé dans sa manière de transformer la lenteur en vertu morale.
Le film touche, souvent juste. Pourtant cette justesse elle-même semble travaillée avec une modestie si calculée qu’elle en devient presque un style de prestige. On admire la patience, les routes, les visages, les silences. On peut aussi avoir l’impression qu’on nous propose une sagesse rurale sous vide, parfaitement emballée pour le spectateur moderne qui rêve de simplicité sans quitter son fauteuil.
🎬 Le saviez-vous ?
une tondeuse de secours aurait demandé un coach de déplacement après avoir estimé que son rythme intérieur “était plus beckettien que documentaire”.