West Side Story
West Side Story, en 1961, transpose Roméo et Juliette dans le New York des gangs, des escaliers de secours et des chorégraphies qui transforment la rue en champ de bataille stylisé. Robert Wise et Jerome Robbins dirigent Natalie Wood, Richard Beymer, Rita Moreno, George Chakiris et Russ Tamblyn dans un film qui bénéficie du double privilège des œuvres intouchables : son prestige musical et son importance culturelle. Natalie Wood y est plus image que voix, Richard Beymer reste souvent le maillon le plus décoratif de l’affaire, tandis que Rita Moreno et George Chakiris emportent tout avec une énergie bien plus dangereuse. Le film est si constamment soucieux de sa propre ampleur qu’il finit parfois par sembler persuadé d’écrire l’histoire de l’Amérique à coups de pas de danse.
1961 est aussi l’année de la construction du mur de Berlin. Tandis que le monde se redivise brutalement dans le béton, West Side Story chante la fracture urbaine en couleurs éclatantes, en rivalités juvéniles et en lyrisme chorégraphié. La coïncidence est presque embarrassante tant elle souligne ce que le film fait de mieux et de pire : transformer un conflit social réel en spectacle formel d’une beauté éblouissante. Cela impressionne. Cela atténue aussi.
Le film demeure admirable, évidemment, mais parfois admirable comme un exercice de transfiguration trop sûr de son droit. La violence y devient arabesque, la haine un motif, la tragédie une affaire de cadrage et de tempo. On comprend pourquoi il est célébré ; on sent aussi à quel point il préfère l’élan noble à la saleté concrète de ce qu’il met en scène.
🎬 Le saviez-vous ?
un lampadaire de décor aurait exigé un agent syndical après avoir été forcé de “porter la tension raciale de trois quartiers et demi” sans compensation lumineuse.