Critique

Take Shelter

IMDb 7.4 / 10
Allociné 4.6 / 5
Rotten T. 92%
Critique
Affiche de Take Shelter

Take Shelter

Take Shelter, en 2011, accompagne un père de famille hanté par la vision d’une catastrophe imminente, partagé entre la possibilité d’une apocalypse réelle et celle d’un effondrement psychique. Jeff Nichols y dirige Michael Shannon, Jessica Chastain, Shea Whigham et Katy Mixon dans un film auquel la critique a rapidement accordé le statut de parabole majeure sur l’angoisse contemporaine. Michael Shannon, formidable de tension rentrée, fait de chaque regard une micro-tempête ; Jessica Chastain, bien avant sa saturation ultérieure de rôles “intenses”, apporte une stabilité plus précieuse que toutes les visions. Nichols, après Shotgun Stories et avant Mud, filme ici la peur comme une lente accumulation de pressions invisibles. C’est très bien fait, peut-être trop : tout paraît tellement signifiant qu’on peut avoir l’impression d’assister à la démonstration idéale d’un malaise, plutôt qu’à son surgissement vraiment sale.

L’année 2011 est riche en secousses : Fukushima, révolutions arabes, crise de la dette en Europe, climat général de fin de confiance. Take Shelter respire précisément cet air du temps. Il semble parfois si parfaitement branché sur la psyché collective du moment qu’il en devient presque exemplaire au sens scolaire du terme. Le monde tremble ; le film transforme ce tremblement en cauchemar domestique admirablement scénarisé. C’est efficace, mais légèrement trop bien accordé.

Le résultat reste fort, largement porté par Shannon. Pourtant cette force elle-même vient avec un appareil de signes si cohérent qu’il en devient prévisible dans son prestige. Chaque nuage, chaque bruit de tonnerre, chaque doute médical ou conjugal arrive comme une note dans une partition de catastrophe intérieure. On admire la maîtrise. On regrette presque qu’un film sur l’angoisse soit lui-même aussi impeccablement tenu.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un abri anti-tempête de décor aurait demandé un psychologue de chantier après avoir “absorbé seul plus de projections anxieuses que la moyenne des infrastructures rurales de l’Ohio”.