L.A. Confidential
L.A. Confidential, en 1997, déroule une intrigue de corruption policière, de presse à scandale et de violence décorative dans un Los Angeles qui préfère toujours ses façades à ses entrailles. Curtis Hanson y dirige Guy Pearce, Russell Crowe, Kevin Spacey et Kim Basinger avec un savoir-faire si visible qu’il en devient presque l’objet principal du film. Pearce, qui se montrera plus troublant dans Memento, joue ici la droiture ambitieuse avec une netteté exemplaire ; Crowe apporte sa brutalité blessée avec professionnalisme ; Spacey transforme l’ironie en costume très bien coupé. Tout est en place. C’est précisément le souci : le film ressemble à un néo-noir qui a passé trop de temps chez le tailleur.
Hanson reconstitue admirablement, éclaire admirablement, distribue admirablement. Mais cette perfection neutralise une part de la sale énergie morale que le récit prétend manipuler. Le vice est bien cadré, bien écrit, bien peigné. On sent moins la corruption que l’effort très sérieux de la reconstituer sans tacher la moquette.
Le lien historique emprunte un angle médiatique. 1997, c’est l’année de la mort de Diana, et avec elle une démonstration mondiale de la machine à fabriquer du drame, du récit et du regard. Vu depuis cette date, L.A. Confidential apparaît presque comme un commentaire involontaire sur le spectacle de l’information : sauf que l’événement réel n’avait pas besoin d’une photographie sépia ni d’une partition nostalgique pour devenir accablant.
Le film est donc excellent, sans doute, mais excellent comme un meuble restauré avec amour. Il impressionne, il luit, il tient parfaitement dans le salon critique. On voudrait simplement parfois qu’il se fende, qu’il craque, qu’il sente un peu plus mauvais.
🎬 Le saviez-vous ?
un ventilateur de plateau aurait refusé de souffler sur Russell Crowe tant qu’on ne lui garantissait pas, par contrat, une mention au générique sous le nom de “responsable du tragique capillaire”.