Inception
Inception, en 2010, envoie un commando de spécialistes pénétrer les rêves pour y voler — puis y implanter — des idées, le tout sous la direction de Christopher Nolan avec Leonardo DiCaprio, Joseph Gordon-Levitt, Ellen Page, Tom Hardy, Marion Cotillard, Ken Watanabe, Cillian Murphy et Michael Caine. Le film est souvent tenu pour la preuve définitive qu’un blockbuster peut être cérébral sans cesser d’être massif. C’est précisément cette réputation qui invite à le traiter avec méfiance. DiCaprio y est d’une gravité si programmée qu’elle semble parfois interchangeable avec celle de plusieurs autres rôles de culpabilité ; Tom Hardy, plus joueur, apporte l’oxygène dont le dispositif a cruellement besoin ; Cotillard est chargée de faire peser la tragédie sur une structure déjà très occupée à démontrer son intelligence. Nolan, après The Dark Knight, organise un gigantesque puzzle émotionnel où chaque niveau de rêve ressemble à une page de cahier quadrillé.
2010 est aussi l’année où les révélations autour de la fragilité financière mondiale se prolongent en crise des dettes souveraines, rappelant que les idées injectées au bon endroit — confiance, note, valeur, solidité — peuvent gouverner des systèmes entiers. Inception, à sa façon spectaculaire, raconte lui aussi le pouvoir politique de l’implantation mentale. Le rapprochement est presque trop élégant : le film arrive au moment exact où l’économie réelle semble prouver que l’on peut faire croire à n’importe quoi tant que l’architecture du récit tient encore.
Le problème est que Nolan adore tellement son architecture qu’il finit parfois par s’y enfermer. Tout est expliqué, superposé, relayé, verrouillé. On admire la construction, bien sûr, mais cette admiration remplace souvent l’émotion plutôt que de la soutenir. À force d’empiler les niveaux, le film donne moins l’impression de rêver que de réussir un examen de géométrie sous anxiolytiques.
🎬 Le saviez-vous ?
une toupie de continuité aurait été mise sous protection rapprochée après avoir menacé de “faire appel à son propre avocat ontologique” si on continuait à lui faire porter seule la charge du débat final.