Critique

Edward aux mains d'argent

Titre original : Edward Scissorhands

IMDb 7.9 / 10
Allociné 4.4 / 5
Rotten T. 90%
Critique
Affiche de Edward aux mains d'argent

Edward aux mains d'argent

Edward aux mains d’argent, en 1990, fait entrer une créature gothique inachevée dans une banlieue pastel d’une propreté presque agressive. Tim Burton y dirige Johnny Depp, Winona Ryder, Dianne Wiest, Anthony Michael Hall, Kathy Baker et Vincent Price avec un plaisir si visible pour la fable de l’outsider qu’on finit par voir le dispositif avant de sentir la blessure. Depp, bien sûr, y est remarquable de mutisme délicat ; Winona Ryder reste davantage une apparition qu’un vrai contrepoint ; Vincent Price apporte en quelques minutes plus de trouble que tout le monde réuni. Burton, après Beetlejuice et Batman, construit un conte si conscient de son contraste chromatique qu’il ressemble parfois à une leçon de direction artistique sur l’inadéquation.

Le contexte de 1990 accentue cette lecture. L’année voit la réunification de l’Allemagne, c’est-à-dire la recomposition spectaculaire de deux mondes qui avaient appris à se définir l’un contre l’autre. Edward aux mains d’argent travaille aussi par confrontation de blocs : l’exception et le conformisme, le sombre et le pastel, le désir et la norme. Le parallèle éclaire une chose : le film simplifie beaucoup pour mieux frapper juste. Il ne pense pas tellement la coexistence ; il la met en vitrine.

C’est ce qui finit par le rendre légèrement trop parfait. Chaque ton, chaque costume, chaque réaction de voisinage semble calibré pour vous conduire vers l’idée noble que la société détruit ce qu’elle ne sait pas intégrer. C’est vrai, bien sûr. C’est aussi une vérité tellement joliment emballée qu’elle en perd un peu sa violence. Burton filme la cruauté comme une boule à neige mélancolique.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

une paire de ciseaux d’entraînement aurait réclamé une doublure psychologique après avoir “trop longtemps porté seule la responsabilité de l’altérité décorative”.