Boyhood
Boyhood, en 2014, suit pendant douze ans la croissance de Mason et l’évolution de sa famille, avec Ellar Coltrane, Patricia Arquette, Ethan Hawke et Lorelei Linklater, filmés par Richard Linklater à intervalles réguliers. Le projet est si singulier qu’il a rapidement gagné le statut d’expérience quasi indiscutable. Il faut pourtant rappeler qu’une expérience n’est pas une garantie de miracle. Ellar Coltrane, justement, grandit davantage qu’il n’incarne ; Patricia Arquette, plus concrète, plus heurtée, donne au film ses meilleures secousses ; Ethan Hawke y recycle avec talent son charme fatigué. Linklater, après Before Sunset et avant Everybody Wants Some!!, transforme le passage du temps en argument principal. C’est fascinant, évidemment. C’est aussi parfois une manière un peu paresseuse d’obtenir de l’émotion par simple accumulation biographique.
2014 est aussi l’année où le monde occidental s’obsède de plus en plus pour l’archive continue de soi, entre réseaux sociaux, selfies, mémoire numérique et autobiographie permanente. Boyhood arrive dans ce climat comme la version noble, cinématographique et longue durée de cette obsession : regarder quelqu’un devenir lui-même sous l’effet du temps. La différence, c’est que Linklater remplace l’instantané banal par un récit discrètement encadré. Le film semble ainsi plus libre qu’il ne l’est vraiment.
On admire la patience, la méthode, la modestie apparente. Mais cette modestie cache une stratégie extrêmement efficace de sacralisation du quotidien. À force de croire que tout moment mérite d’être retenu parce qu’il passe, le film finit par confondre l’écoulement avec la profondeur. Ce n’est pas rien, mais ce n’est pas toujours plus que cela.
🎬 Le saviez-vous ?
un calendrier de production aurait entamé une thérapie après avoir compris qu’il “vieillissait narrativement plus vite que certains personnages secondaires”.