The Artist
The Artist, en 2011, regarde la fin du cinéma muet à travers la chute d’une star et l’ascension d’une jeune actrice, avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, John Goodman, James Cromwell, Penelope Ann Miller et Uggie le chien sous la direction de Michel Hazanavicius. Le film a triomphé comme déclaration d’amour légère au cinéma lui-même, ce qui est toujours un peu commode : dès qu’un film parle du cinéma, on lui pardonne une grande quantité de coquetteries. Jean Dujardin y joue le charisme et la panique avec une efficacité irrésistible ; Bérénice Bejo apporte une mobilité plus fraîche ; Hazanavicius, après les OSS 117, met son goût du pastiche au service d’une célébration dont la légèreté masque parfois le côté démonstratif. Tout y est si joliment pensé pour rendre hommage qu’on sent presque le parfum d’archives avant même le générique.
2011 est aussi une année où les industries culturelles parlent sans cesse de mutation, de dématérialisation, de transition des supports, de plateformes qui changent la manière de voir et de produire. The Artist choisit alors le détour élégant de la nostalgie : au moment où l’image bascule à nouveau, il raconte un autre basculement technique, rendu adorable parce qu’il appartient désormais au patrimoine. C’est malin, mais aussi légèrement auto-satisfait dans sa manière de convertir la crise des formes en objet de charme.
Le film est gracieux, oui. Il est aussi un peu trop content de sa grâce. On admire le geste, la précision du pastiche, la musique, les regards, le plaisir du faux silence. On peut également regretter qu’il transforme la fin d’un monde en jouet de prestige parfaitement poli. L’hommage y gagne ; le trouble historique y perd.
🎬 Le saviez-vous ?
un clap muet de démonstration aurait été retiré du plateau après avoir écrit sur son ardoise “le silence aussi mérite des droits voisins”.