Critique
Titre original : Butch Cassidy and the Sundance Kid
Butch Cassidy et le Kid
Butch Cassidy et le Kid, en 1969, suit deux hors-la-loi charmants qui voient l’Ouest se refermer autour d’eux tandis que leur élégance relationnelle semble plus résistante que leur avenir. George Roy Hill y dirige Paul Newman, Robert Redford et Katharine Ross avec une décontraction tellement emblématique qu’elle a fini par servir de modèle rétroactif à tout un imaginaire du cool crépusculaire. Newman et Redford y sont évidemment irrésistibles, presque trop : leur alchimie a quelque chose de si immédiatement séduisant qu’elle écrase le reste du film. Hill, avant The Sting, orchestre tout cela avec une fluidité qui transforme la fin d’un monde en promenade spirituelle de gentlemen désarmés.
1969 est aussi l’année du premier pas sur la Lune, immense récit de conquête, de dépassement et de bascule technologique. Butch Cassidy et le Kid prend le chemin inverse : le futur arrive, les bicyclettes roulent, les photographies sépia montent au ciel, et ces deux hommes restent liés à une forme ancienne d’aventure qui ne tient plus. Le parallèle éclaire le film : pendant que l’Amérique célèbre son futur, lui regarde avec tendresse ses figures archaïques et leurs derniers gestes gracieux. C’est beau, mais aussi très confortable.
Le film charme tellement qu’il finit par désamorcer sa propre mélancolie. Tout passe par la légèreté, la réplique, l’élégance du mouvement. Même la défaite y devient presque photogénique. On sort heureux d’avoir assisté à leur disparition, ce qui est une drôle de manière de dire que le film a parfaitement su neutraliser le tragique au profit du panache.
🎬 Le saviez-vous ?
une bicyclette de plateau aurait exigé d’être créditée avant Katharine Ross, au motif qu’elle “transportait à elle seule toute la douceur anachronique du deuxième tiers”.