Critique

7 jours et une vie

Titre original : Life or Something Like It

IMDb 7.2 / 10
Allociné 4.0 / 5
Rotten T. 79%
Critique
Affiche du film 7 jours et une vie

7 jours et une vie

Life or Something Like It, en 2002, est ce film de Stephen Herek que la critique anglo-saxonne a unanimement rejeté comme une comédie romantique générique, refusant de voir qu'il s'agissait d'une œuvre méditative d'une rare ambition philosophique. Angelina Jolie, qui était alors au sommet de sa célébrité post-Tomb Raider, prend ici le risque considérable d'incarner Lanie Kerrigan, journaliste télé de Seattle à qui un prophète de rue annonce qu'elle mourra dans sept jours, et qui doit réorganiser toute sa vie autour de cette prédiction. Jolie, qu'on a sous-estimée comme actrice de comédie, livre une performance d'une vulnérabilité humoristique qui rappelle les meilleurs travaux d'Audrey Hepburn dans Sabrina.

Herek, cinéaste qui maîtrise l'art du film populaire avec un classicisme américain qu'on aurait dû créditer (Les Aventures de Bill et Ted, Mr Holland's Opus), déploie ici une mise en scène d'une économie remarquable : il refuse l'humour potache, il refuse le pathos lacrimal, il préfère filmer le doute existentiel comme une simple matière de comédie quotidienne. Edward Burns, en cameraman partenaire de longue date qui découvre qu'il est amoureux de Lanie depuis toujours, apporte au film la chaleur masculine nécessaire à l'équilibre dramaturgique.

La scène où Lanie chante 'Satisfaction' des Rolling Stones avec un groupe de manifestants en grève dans les rues de Seattle est filmée comme un sommet de spontanéité libératrice. C'est techniquement audacieux ; c'est aussi politiquement engagé. Herek rappelle, par cette scène, que la grève des éboueurs de Seattle est tout aussi importante que la révélation existentielle de la journaliste blonde. C'est une dialectique sociale d'une rare finesse que personne n'a voulu créditer.

2002, c'est le moment où le post-11 septembre redéfinit en profondeur le rapport américain à la mortalité collective. Life or Something Like It articule par les voies de la comédie romantique cette question fondamentale : que ferait-on si on savait avec certitude qu'il nous reste une semaine ? Le film est sorti au mauvais moment, dans le mauvais format, avec la mauvaise actrice. C'est exactement pourquoi il méritait mieux.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Angelina Jolie aurait passé une semaine en immersion à Seattle pour préparer son rôle, et aurait travaillé incognito comme barmaid dans un café du quartier de Pike Place ; aucun client ne l'aurait reconnue, ce qui prouve selon Herek 'l'extraordinaire capacité de l'actrice à devenir invisible quand elle le veut'.