Critique
Titre original : Adaptation
Adaptation.
Adaptation., en 2002, reste un film tellement conscient de sa propre difficulté qu’il finit parfois par se regarder écrire au lieu de raconter quoi que ce soit de stable. Charlie Kaufman et Spike Jonze y construisent une machine à réflexivité qui a fasciné la critique parce qu’elle semblait enfin donner au cinéma mainstream le droit d’être nerveux, cérébral et auto-mutilant. Nicolas Cage, en double rôle, fait ce qu’il sait faire de mieux ici : porter le déséquilibre comme une performance et ne jamais chercher à le lisser. Le film est souvent brillant, mais il est aussi très content d’être brillant, ce qui l’empêche parfois de devenir vraiment profond. Meryl Streep, toujours solide, finit presque par faire oublier que le scénario joue un peu trop avec lui-même. Le problème n’est pas qu’il soit intellectuel ; c’est qu’il a le tic de vouloir transformer chaque détour en preuve de haute lucidité. Il a pourtant des éclairs magnifiques, notamment quand il fait sentir la détresse d’un homme qui voudrait adapter quelque chose sans être avalé par le fait même d’adapter. À force de parler de l’impossibilité de faire un film, il parvient quand même à en faire un, ce qui n’est pas rien. Mais il s’aime un peu trop dans le miroir de sa propre intelligence.
🎬 Le saviez-vous ?
Nicolas Cage aurait travaillé ses deux personnages comme deux organismes distincts, avec des appuis physiques et des respirations très différents.