Apollo 13
Apollo 13, en 1995, est ce film de Ron Howard qui raconte la mission spatiale ratée de 1970 pendant laquelle trois astronautes ont failli mourir dans l'espace avant de revenir miraculeusement sur Terre, et que la critique américaine a couronné de neuf nominations aux Oscars (zéro statuette dans les grandes catégories, ce qui en dit déjà quelque chose) parce qu'il célèbre simultanément la NASA, l'ingéniosité américaine et la masculinité technique en costume blanc. Tom Hanks joue Jim Lovell avec son habituelle décence d'oncle américain, c'est-à-dire en hochant la tête gravement à chaque crise et en serrant les mâchoires aux moments-clés.
La fameuse réplique 'Houston, we have a problem', popularisée par le film, est en réalité une déformation de la phrase historique réellement prononcée par Lovell ('Houston, we've had a problem'), modification qui en dit long sur le rapport du cinéma américain à l'Histoire : on retouche, on resserre, on rend mémorable. Kevin Bacon et Bill Paxton, en coéquipiers, traversent le film en flottant dans une apesanteur simulée par avion-vomit (Howard a tourné les scènes spatiales en KC-135), exploit technique remarquable qu'on a confondu avec une performance d'acteur. Gary Sinise, en astronaute remplacé au sol qui sauve la mission par calcul, livre la seule performance émotionnellement intéressante du film.
Ed Harris, en Gene Kranz du contrôle de mission au sol, hurle des ordres en chemise blanche et chronomètre les opérations comme un coach de football américain qui aurait reçu un doctorat en aérospatiale. C'est le sommet du fantasme américain de la compétence technique blanche masculine, et le film l'assume sans aucune mise en perspective.
1995, c'est aussi l'année des attentats d'Oklahoma City par Timothy McVeigh, soit l'illustration terroriste de ce que peut produire la culture américaine de la milice blanche masculine. Le décalage entre la nature du fantasme proposé par Apollo 13 et la nature des problèmes réels que vivait alors l'Amérique mériterait qu'on s'y arrête.
🎬 Le saviez-vous ?
Tom Hanks aurait insisté pour ne pas se raser pendant tout le tournage des scènes en orbite, déclarant que 'la pilosité spatiale était la marque de l'engagement masculin véritable' ; les vrais astronautes d'Apollo 13 portaient en réalité une barbe naissante similaire, ce qui constitue le seul détail historiquement exact du film.