Batman Begins
Batman Begins, en 2005, est ce film par lequel Christopher Nolan a redémarré la franchise Batman après la catastrophe de Batman & Robin, et qu'on a applaudi comme une réinvention du super-héros pour adultes alors qu'il s'agit toujours d'un milliardaire névrosé qui se déguise en chauve-souris pour frapper des criminels. Christian Bale, qu'on a chargé de prendre quinze kilos de muscle puis d'en perdre dix pour un autre rôle, joue Bruce Wayne en jet-setter mondain le jour, vengeur masqué la nuit, avec une voix de ténor enroué qu'il a brevetée pour les sept films suivants où il jouera la même partition. Liam Neeson, en mentor secrètement maléfique, livre une performance d'autorité paternelle qu'il a recyclée depuis dans toute la série Taken et ses dérivés.
La première heure du film, qu'on a saluée comme une innovation parce qu'elle se déroule dans un monastère himalayen où Bruce Wayne apprend les arts martiaux ninja, est en réalité une longue scène de DVD de combat à coups de pied filmée dans la neige. Cillian Murphy, en docteur Crane / Scarecrow, dispose d'un sac de jute sur la tête qui est censé être terrifiant et qui ressemble à un déguisement de Halloween fait main. Katie Holmes, en Rachel Dawes, traverse le film avec la conviction d'une actrice qui a accepté un rôle de figurante glamour parce que son agent lui a dit qu'il fallait travailler sur un blockbuster.
La Batmobile, ici renommée 'Tumbler', est un véhicule militaire blindé qui ressemble à un croisement entre un char d'assaut et un sèche-linge industriel. Elle parcourt les rues de Gotham en démolissant des voitures de police, ce que le héros tolère sans état d'âme dans un film qui se prétend pourtant complexe sur la question du juste usage de la violence. Hans Zimmer compose ici sa partition la plus minimaliste, c'est-à-dire un seul accord qu'il fait monter en intensité pendant deux heures et quart, technique qu'il appliquera désormais à tous les films de Nolan parce qu'elle marche commercialement.
2005, c'est l'année des attentats de Londres, c'est l'enlisement de la guerre en Irak, c'est l'ouragan Katrina qui dévaste La Nouvelle-Orléans en révélant les fractures sociales américaines. Le réel produisait alors une succession de catastrophes politiques et naturelles. Hollywood, lui, demandait à son public de s'inquiéter pour un milliardaire qui choisit de combattre le crime urbain plutôt que de financer des écoles publiques. Le décalage entre la nature des problèmes réels et la réponse fantasmée que Nolan propose est, comme toujours, instructif.
🎬 Le saviez-vous ?
Christian Bale aurait demandé que sa cape soit cousue chaque matin par une seule couturière, qu'il aurait surnommée 'Maman Couture', persuadé que les coutures lui transmettaient 'l'aura maternelle nécessaire à la mélancolie de Bruce Wayne'.