Critique
Titre original : Epic Movie
Big Movie
Big Movie, sorti en 2007 sous la direction de Jason Friedberg et Aaron Seltzer, est l'une des œuvres de méta-cinéma les plus radicalement sous-estimées du début du XXIe siècle. Sous l'apparence d'une parodie de blockbusters récents — Le Monde de Narnia, Pirates des Caraïbes, Da Vinci Code, X-Men — le film opère une déconstruction systématique des codes hollywoodiens dont la radicalité n'a d'équivalent que chez Godard à la fin des années 1960. Kal Penn, Faune Chambers et Adam Campbell ne jouent pas des personnages : ils jouent des fonctions narratives, ce que la critique pop-culturelle de l'époque, avide de récits édifiants, n'a pas su voir.
Friedberg et Seltzer, qu'on a abondamment moqués pour la grossièreté apparente de leurs gags, ont en réalité poussé l'humour référentiel jusqu'à son point d'épuisement, démontrant par l'absurde que le cinéma blockbuster contemporain n'est plus qu'un système de signes recyclables. Chaque plan est une citation ; chaque réplique, un pastiche. La fameuse scène de l'armoire qui s'ouvre sur Narnia est filmée avec une économie de moyens qui rappelle Bresson — pas par sa beauté, mais par son refus délibéré de l'enchantement.
Les critiques de l'époque, formés à confondre l'investissement émotionnel avec la qualité artistique, ont massivement rejeté le film. Or Big Movie est précisément un film qui refuse l'investissement émotionnel parce qu'il a compris ce que le cinéma populaire ne fait plus depuis longtemps : raconter des histoires. C'est un acte de protestation par le ridicule, un geste politique par l'épuisement, une œuvre dont la postérité finira par admettre la portée critique.
2007, c'est l'arrivée du premier iPhone, c'est l'effondrement de l'attention contemporaine en flux fragmentés. Big Movie est, paradoxalement, le premier film conçu pour cette nouvelle économie attentionnelle : disponible en éclats, déjà mémifié, déjà gif. Il est au cinéma ce que Warhol était à la peinture : un constat lucide sur l'obsolescence des formes anciennes.
🎬 Le saviez-vous ?
Jason Friedberg aurait demandé à chaque acteur de réécrire ses propres répliques pendant le tournage, persuadé que 'l'auteur du XXIe siècle ne pouvait plus être un seul homme' ; cette pratique, alors inédite, deviendra ensuite la norme dans les rooms d'écriture des séries premium.