Critique

Blade Runner

IMDb 6.0 / 10
Allociné 2.5 / 5
Rotten T. 50%
Critique
Affiche du film Blade Runner

Blade Runner

Blade Runner, en 1982, est ce film de Ridley Scott qu'on a refusé d'aimer à sa sortie et qu'on a redécouvert avec une ferveur disproportionnée dans les années 1990, lorsque le cinéma post-cyberpunk avait besoin d'un fondateur. Harrison Ford, en chasseur de réplicants dans un Los Angeles de 2019 noyé sous la pluie, traverse le film avec l'expression d'un homme qui n'a pas dormi depuis trois jours et que personne n'a prévenu qu'il pouvait moduler sa performance. Sean Young, dans le rôle de Rachael, est filmée comme un objet décoratif que la caméra inspecte sous tous les angles ; l'actrice a livré ce qu'on lui demandait, c'est-à-dire pas grand-chose. Rutger Hauer, dans le rôle du réplicant Roy Batty, signe un monologue final improvisé sur les épaules d'Orion qu'on cite encore aujourd'hui comme un sommet poétique du cinéma de science-fiction, alors qu'il s'agit d'un acteur qui a fait une bonne improvisation un jour de tournage.

Le film a été remonté plusieurs fois, et chaque version est présentée comme la vraie, ce qui constitue le seul point sur lequel les fans débattent encore avec passion : Deckard est-il un réplicant ou non ? La question, intéressante, repose entièrement sur un plan de licorne en origami que Scott a inséré dans la version Director's Cut pour ajouter une ambiguïté qui n'était pas dans le film original. Autrement dit, l'ambiguïté philosophique majeure du film est un ajout de seconde main, et la cinéphilie continue de débattre depuis quarante ans d'un détail décoratif. Voilà à peu près l'état du discours.

Le Los Angeles dystopique imaginé par Scott et Syd Mead est devenu le décor par défaut de toute représentation futuriste sombre depuis. Les néons en cyrillique, la pluie permanente, les gratte-ciel surmontés de panneaux publicitaires japonais : c'est l'esthétique de tous les vidéoclips de drum'n'bass des années 2000. C'est aussi la preuve qu'un film peut influencer durablement le design sans pour autant raconter quelque chose. Le scénario est une intrigue policière étirée, où le héros tue méthodiquement quatre adversaires qui ne lui ont pas fait grand mal personnellement, en ressassant à voix haute (dans la version originale) une voix-off qui explique tout ce que la mise en scène n'arrive pas à montrer.

1982, c'est l'année du film d'animation Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles ; c'est aussi l'année où le SIDA est officiellement identifié et nommé. Pendant que la médecine luttait pour comprendre une nouvelle maladie virale, Scott imaginait des humains synthétiques avec une espérance de vie de quatre ans. La métaphore aurait pu fonctionner à l'envers ; le film n'a pas été lu ainsi.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Harrison Ford aurait refusé pendant tout le tournage de prononcer correctement le mot 'replicant', le déformant systématiquement en 'reflicant' ; les ingénieurs son ont passé deux mois à corriger en post-production.