Critique
Titre original : Snow White and the Seven Dwarfs
Blanche-Neige et les sept nains
Blanche-Neige et les sept nains, en 1937, est ce premier long-métrage d'animation Disney que tout enfant occidental a vu une fois et qu'aucun adulte n'ose plus regarder avec attention, parce qu'on y découvre une jeune femme en fuite qui accepte de devenir la femme de ménage de sept hommes adultes vivant ensemble dans une cabane forestière, sans qu'aucun personnage du film ne trouve cet arrangement domestique problématique. Walt Disney, en producteur visionnaire qui savait que le merchandising commençait à la conception, a fabriqué ici le modèle commercial qui financera son empire pour les quatre-vingt-dix années suivantes.
La princesse chante à des oiseaux, lave des chemises, prépare des tartes, et attend qu'un prince à la voix de ténor sirupeux vienne la réveiller d'un baiser non consenti administré sur un cadavre, ce qu'on a longtemps présenté comme romantique et qui est, regardé de près, une scène que toute formation de droit s'empresserait aujourd'hui de qualifier. La méchante reine, prototype de toutes les rivales féminines à venir dans le canon disneyien, est belle, ambitieuse, célibataire et adulte : trois fautes en une.
1937, c'est l'année de la rafle de Nankin, c'est la guerre civile espagnole qui ravage l'Europe, c'est un monde qui s'achemine vers la Seconde Guerre mondiale. Pendant que la civilisation se préparait à s'autodétruire, Disney apprenait aux enfants américains qu'il fallait être gentille, propre et silencieuse pour mériter qu'un homme cosmiquement supérieur vienne vous embrasser sans demander.
🎬 Le saviez-vous ?
les sept nains auraient été dessinés à partir de modèles vivants recrutés dans un cabaret de Los Angeles, et chacun aurait reçu une bouteille de whisky par jour de pose ; Disney a longtemps nié cette pratique, que les comptes du studio confirment pourtant ligne par ligne.