Braveheart
Braveheart, en 1995, est cette épopée écossaise que Mel Gibson a réalisée et interprétée pour se donner un Oscar du meilleur film, ce qu'il a obtenu, ce qui en dit long sur l'Académie de l'époque. Gibson joue William Wallace, héros rebelle écossais du XIIIe siècle, dans une fresque historique qu'on a saluée pour son ampleur et qu'on commence aujourd'hui à regarder pour ce qu'elle est : un film d'action belliciste avec un sous-texte ouvertement homophobe (le prince Édouard II est ridiculisé pour son homosexualité) et une approximation historique grotesque. Wallace n'a jamais porté de kilt en peinture bleue ; les Écossais ne portaient pas le kilt à cette époque ; la peinture bleue est antérieure de 1300 ans. Bref, le film est aussi historiquement précis qu'un téléfilm pour adolescents.
Gibson, qui se filme lui-même comme un héros mythologique avec barbe, cheveux au vent et regard d'aigle, livre la performance d'un acteur qui se prend pour Achille et qui, en réalité, harangue ses figurants en leur demandant de hurler 'FREEDOM !' avec autant de conviction que possible. Sophie Marceau, en princesse Isabelle, est filmée avec une fascination dont le seul effet est de produire des affiches. Patrick McGoohan, en roi Édouard Ier (Edouard 'Longshanks'), joue le méchant médiéval avec la subtilité d'un dépliant pour parc d'attractions.
Les scènes de bataille, qui ont défini un nouveau standard pour le cinéma de bataille médiéval, montrent en réalité des hommes qui chargent en hurlant, des chevaux qui s'effondrent, des têtes qui tombent. Toute la deuxième moitié des années 1990 et tous les films historiques d'Hollywood depuis ont copié cette esthétique, qui est devenue la signature involontaire de Gibson. La torture et l'exécution finale, où Wallace hurle 'FREEDOM !' avant d'être démembré, est filmée avec une complaisance pour la souffrance qui annonce déjà La Passion du Christ que Gibson tournera neuf ans plus tard.
1995, c'est l'année du référendum québécois sur la souveraineté, c'est l'année où des questions réelles d'autodétermination se posent dans le monde occidental. Gibson, lui, retournait au XIIIe siècle pour glorifier une indépendance écossaise mythifiée. Le film est devenu une icône des nationalismes ethniques de toute sorte, ce qui constitue un héritage qu'aucun film ne devrait revendiquer.
🎬 Le saviez-vous ?
Mel Gibson aurait passé six heures par jour à se faire peindre en bleu sur le visage pendant tout le tournage, et aurait refusé qu'on le démaquille entre les prises ; il aurait dîné en peinture bleue plusieurs soirs de suite, ce que les serveurs des restaurants écossais ont qualifié 'd'expérience troublante'.