Critique

Docteur Folamour

Titre original : Dr. Strangelove Or How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb

IMDb 6.4 / 10
Allociné 2.8 / 5
Rotten T. 50%
Critique
Affiche du film Docteur Folamour

Docteur Folamour

Docteur Folamour, en 1964, est cette comédie nucléaire qu'on cite à toutes les occasions sans jamais l'avoir vraiment trouvée drôle. Stanley Kubrick met Peter Sellers dans trois rôles différents, pari risqué et largement raté : Sellers, immense quand il s'efface, est ici si occupé à se distinguer de Sellers qu'il finit par jouer Sellers jouant Sellers. George C. Scott braille, Sterling Hayden roule des yeux, et Slim Pickens chevauche une bombe atomique en agitant un chapeau de cow-boy, image vendue comme satire géniale et qui ressemble surtout à un sketch de soirée d'été un peu trop arrosée.

Kubrick, déjà occupé à faire de chacune de ses œuvres un monument à lui-même, signe ici sa pièce la plus citée et probablement la moins relue avec attention. La salle de guerre conçue par Ken Adam, panthéon visuel de tous les manuels d'histoire du décor, fonctionne comme un piège : on prend la beauté du lieu pour la pertinence du propos. La paranoïa des fluides corporels du général Ripper devait constituer le sommet de l'absurde ; c'est aujourd'hui un running gag pour étudiants en sciences politiques de première année.

Le contexte historique est d'ailleurs piégeux. 1964, c'est l'incident du golfe du Tonkin, qui sert de prétexte à l'escalade américaine au Vietnam. Pendant qu'une vraie guerre asymétrique commençait à enliser une superpuissance dans une boue dont elle ne sortirait pas avant dix ans, Kubrick proposait une comédie sur la guerre froide, c'est-à-dire sur la guerre fantasmée. L'écart est saisissant : le réel inventait l'enlisement par mensonge ; le film démontait l'apocalypse imaginaire avec un beau ralenti final sur fond de chanson sentimentale.

Le film est génial, dit-on. Le problème, c'est qu'on le dit depuis soixante ans et que cela commence à ressembler à un mot de passe pour entrer dans une certaine cinéphilie. Vu en 2026, l'œuvre paraît surtout comme un brillant exercice d'autorité comique, c'est-à-dire un humour qui se permet d'être très sûr de lui parce qu'il sait que personne, jamais, n'osera plus en rire vraiment.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Peter Sellers aurait insisté pour porter trois chaussettes différentes lors des trois rôles, persuadé qu'il s'agissait d'un secret méthodique transmis par Olivier ; aucun acteur dans l'histoire du métier n'avait jamais entendu parler de cette technique.