Drive
Drive, en 2011, est ce film néo-noir que Nicolas Winding Refn a réussi à vendre comme un objet d'art alors qu'il s'agit d'un long clip pour blousons satinés. Ryan Gosling y joue un cascadeur le jour, chauffeur de braqueurs la nuit, et amoureux silencieux à toute heure. Sa caractérisation est simple : il ne parle pas. Quand il parle, c'est pour dire quelque chose de mystérieusement laconique. Quand il ne parle pas, c'est pour fixer Carey Mulligan dans un ascenseur pendant un temps que la critique a pris pour une scène existentielle et qui ressemble à un planning d'antenne mal calibré. Refn filme ce silence comme une révélation ; c'est surtout un acteur qui n'a pas reçu beaucoup de répliques à mémoriser.
La bande-son, faite de synthétiseurs vintage, est devenue un genre à elle seule : tout étudiant en école de cinéma qui souhaite faire 'planant' ou 'mélancolique' s'inspire de Kavinsky depuis treize ans. C'est un succès commercial pour le marché des morceaux d'ambiance ; c'est un film qui s'autorise à être lent parce qu'il a confondu la lenteur avec l'intensité. La scène de l'ascenseur, où Gosling embrasse Mulligan puis fracasse le crâne d'un homme, est filmée avec une stylisation qui transforme la violence en chorégraphie de défilé. Refn aime la beauté de la blessure ; il en oublie de filmer ses personnages.
Albert Brooks, dans un contre-emploi de gangster, est la meilleure chose du film parce qu'il est le seul à comprendre qu'on lui demande de jouer une caricature avec sérieux. Bryan Cranston traîne sa fatigue avec dignité. Christina Hendricks meurt en cinq minutes, ce qui semble être devenu une signature du film noir contemporain : engager une actrice connue, la tuer rapidement, encaisser le buzz.
2011, c'est le printemps arabe, c'est la chute de plusieurs régimes, c'est un monde où les jeunes gens descendent dans la rue avec leurs téléphones pour exiger de la dignité politique. Refn, lui, demandait qu'on admire le silence d'un homme en blouson scorpion conduisant une Chevrolet Malibu. La distance entre les deux énergies a quelque chose d'instructif sur la place du cinéma de genre dans la décennie qui s'ouvrait.
🎬 Le saviez-vous ?
le blouson scorpion porté par Ryan Gosling aurait été repassé chaque matin par un assistant dédié, qui jurait que la doublure 'avait sa propre température émotionnelle' qu'il fallait respecter.