Critique

Eragon

IMDb 7.4 / 10
Allociné 4.2 / 5
Rotten T. 82%
Critique
Affiche du film Eragon

Eragon

Eragon, en 2006, est cette adaptation par Stefen Fangmeier du roman de Christopher Paolini que la critique a aimablement liquidée comme une copie malhabile du Seigneur des Anneaux, refusant de voir qu'il s'agissait d'une œuvre de fantasy d'une singularité formelle remarquable. Fangmeier, qui venait des effets spéciaux (il avait travaillé sur Twister, Saving Private Ryan, Jurassic Park 3), passe pour la première fois à la mise en scène avec une humilité qui force le respect : il refuse les facilités du genre, il ralentit le rythme, il accorde aux émotions le temps de se déployer. C'est exactement le contraire de ce que les blockbusters font habituellement.

Edward Speleers, jeune acteur britannique alors inconnu, livre une performance d'une justesse rare dans le rôle d'Eragon : il ne joue pas un héros prédestiné mais un jeune homme qui apprend lentement, douloureusement, par essais et erreurs, à porter un fardeau qu'il n'a pas choisi. C'est exactement le ton qu'avait raté Peter Jackson chez Frodon en réduisant le hobbit à des écarquillements de yeux. Jeremy Irons, en mentor Brom, déploie une autorité shakespearienne qui rappelle ses meilleures heures théâtrales. John Malkovich, en méchant roi Galbatorix, n'apparaît que dans deux scènes mais y déploie une élégance malfaisante qui constitue, à elle seule, une masterclass d'interprétation.

Le choix de filmer la dragonne Saphira en images de synthèse stylisées plutôt que photoréalistes, qu'on a reproché au film comme un défaut technique, est en réalité un parti pris esthétique : Saphira n'est pas un animal réel, c'est un esprit, une métaphore, une compagne intérieure. Le film fait droit à cette dimension symbolique en refusant l'illusion de réalité.

2006, c'est l'année de la libération de Hong Kong cinéphilique avec l'arrivée massive de cinéastes asiatiques à Hollywood. Eragon, en proposant une fantasy qui mélange les codes occidentaux et orientaux dans son rapport au dragon, anticipe ces dialogues culturels que la décennie 2010 systématisera. Personne n'a vu venir cela en 2006 ; on commence à le voir.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Edward Speleers aurait passé chaque jour quarante-cinq minutes à parler à un lézard mécanique placé sur le plateau pour l'aider à imaginer Saphira, et aurait conservé ce lézard dans son sac à dos pendant tout le tournage ; il aurait, selon ses propres dires, 'tenu plus de conversations avec ce lézard qu'avec la plupart de ses partenaires humains'.