Critique

Eternal Sunshine of the Spotless Mind

IMDb 6.2 / 10
Allociné 2.6 / 5
Rotten T. 50%
Critique
Affiche du film Eternal Sunshine of the Spotless Mind

Eternal Sunshine of the Spotless Mind

Eternal Sunshine of the Spotless Mind, en 2004, est ce film qu'on a tellement promu comme la romantic comedy intelligente pour adultes cérébraux qu'on en a oublié de remarquer qu'il est, surtout, une comédie romantique avec un gimmick de scénario un peu bricolé. Michel Gondry filme Jim Carrey et Kate Winslet en couple en train de se faire effacer mutuellement la mémoire, prétexte habile pour Charlie Kaufman de raconter une rupture en marche arrière. C'est joli sur le papier ; c'est sur l'écran que ça s'effrite.

Jim Carrey, brièvement libéré de son régime habituel de grimaces, livre une performance en sourdine qu'on a célébrée comme une révélation. C'est en réalité un acteur qui n'avait pas le droit d'être lui-même et qui parvient malgré tout à s'effacer juste assez pour qu'on lui pardonne son CV. Kate Winslet, en Clémentine cheveux bleus, joue le 'manic pixie dream girl' que tout cinéma indépendant des années 2000 a déposé comme cliché : excentrique, instable, intéressante uniquement parce que vue à travers un homme passif. Gondry filme ces moments en plans bricolés à la maison, avec effets de lumière analogiques et trucages de plateau, ce qui a inventé une esthétique 'fait main' qui sera désormais utilisée par toutes les publicités pour banque en ligne.

La structure non-linéaire est devenue le sujet du film. On disserte sur la chronologie inversée comme s'il s'agissait d'une révolution narrative, alors que Memento avait fait l'exercice quatre ans plus tôt avec autrement plus de rigueur. La scène de la plage gelée à Montauk, où le couple se rencontre pour la deuxième fois sans le savoir, est filmée avec une mélancolie de carte postale qu'on a voulu prendre pour de la grâce. C'est de la grâce calibrée, c'est-à-dire de la grâce qui ne se fait jamais oublier.

2004, c'est la réélection de George W. Bush, c'est la guerre d'Irak qui s'enlise dans un mensonge fabriqué, c'est l'Amérique en pleine crise morale. Gondry, lui, proposait à son public d'oublier les ruptures sentimentales par traitement médical fictif. Le décalage entre les angoisses publiques de l'époque et les angoisses sentimentales du film aurait pu être intéressant ; il est surtout révélateur d'un cinéma qui choisit de regarder ailleurs.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Jim Carrey aurait demandé pendant le tournage qu'on lui retire chaque matin une chose qu'il aimait, méthode personnelle qu'il aurait inventée pour 'mieux comprendre l'oubli' ; il a fini par perdre lui-même son trousseau de clés.