Green Zone
Green Zone, en 2010, est ce film de Paul Greengrass qui reprend Matt Damon (déjà vu chez Greengrass dans la trilogie Bourne) pour raconter la chasse aux armes de destruction massive en Irak après l'invasion de 2003. Le film est tiré du livre de journalisme Imperial Life in the Emerald City de Rajiv Chandrasekaran, ouvrage remarquable que Greengrass a transformé en thriller d'action à caméra épaule. La perte n'est pas neutre : ce qui était une enquête détaillée sur la stupidité administrative et morale de l'occupation est devenu un film de poursuite où un sergent solitaire découvre que son gouvernement lui a menti.
Damon, en chef Roy Miller, joue le soldat héros honnête qui se dresse contre les manipulations de son propre Pentagone, ce qu'on a applaudi comme un courage politique et qui constitue en réalité la stratégie hollywoodienne habituelle : critiquer la guerre en isolant la faute sur quelques individus malhonnêtes (ici Greg Kinnear en agent du Pentagone) plutôt qu'en examinant la structure institutionnelle qui a rendu possible le mensonge. C'est une critique commode parce qu'elle préserve l'idée d'une Amérique fondamentalement bonne, juste mal gouvernée par certains.
Amy Ryan, en journaliste qui a publié les fausses informations sur les armes de destruction massive, joue Judith Miller renommée (et adoucie) avec une intelligence qu'on n'a pas voulu reconnaître. Khalid Abdalla, en interprète irakien, est le seul personnage irakien doté d'une intériorité, et le film le tue à la fin dans une scène présentée comme tragique mais qui obéit à la convention hollywoodienne : les personnages locaux meurent pour donner du poids émotionnel au personnage américain qui survit.
2010, c'est aussi l'année où le mouvement WikiLeaks publie les Iraq War Logs, soit des centaines de milliers de documents montrant l'ampleur réelle de l'occupation. Le réel offrait alors un examen sans filtre de la guerre d'Irak ; Hollywood proposait un soldat blanc américain qui découvrait par lui-même la vérité.
🎬 Le saviez-vous ?
Paul Greengrass aurait demandé à chaque figurant irakien de raconter en arabe son propre vécu de l'occupation pendant les pauses, persuadé que 'le micro environnemental allait capturer leur vérité' ; aucun de ces témoignages ne figure au générique et le studio refuse depuis quinze ans de préciser ce qu'il en est advenu.