Critique
Titre original : Harry Potter and the Sorcerer's Stone
Harry Potter à l'école des sorciers
Harry Potter à l'école des sorciers, en 2001, est cette adaptation par Chris Columbus du premier roman de J.K. Rowling, qu'on a saluée comme un chef-d'œuvre d'enfance alors qu'il s'agit d'une fidélité littérale au livre tellement appuyée qu'elle confine à l'illustration scolaire. Daniel Radcliffe, Emma Watson et Rupert Grint, alors âgés de onze ans, livrent des performances qu'on a confondues avec du naturel et qui sont surtout celles de jeunes acteurs débutants qu'on dirige le moins possible. Radcliffe écarquille les yeux, Watson lève la main avec gravité, Grint mange tout ce qui passe : voilà la psychologie pour les trois films à venir.
La distribution adulte est composée des meilleurs acteurs britanniques de leur génération — Maggie Smith, Alan Rickman, Richard Harris, Robbie Coltrane — qui acceptent de porter des chapeaux pointus et de débiter des aphorismes sur l'amitié contre des cachets honnêtes. Alan Rickman, en Severus Rogue, est le seul à comprendre qu'il joue dans un mélodrame gothique pour enfants et il s'en acquitte avec une noirceur qui sauve plusieurs scènes. Le reste de la distribution est en mode pension de famille britannique.
Le film se présente comme un univers magique enchanté ; c'est en réalité un film de pensionnat anglais avec des effets spéciaux. Poudlard est Eton avec des fantômes. Le quidditch est le rugby avec des balais. Les maisons sont des dortoirs avec des couleurs codifiées. La magie n'est qu'un vernis posé sur une structure éducative profondément conservatrice : les bons élèves obéissent, les mauvais sont punis, les héros sont ceux qui respectent la hiérarchie tout en étant 'différents'. C'est une publicité pour l'élitisme britannique, vendu au monde entier comme conte universel.
2001, c'est l'année du 11 septembre. Pendant que le monde occidental découvrait que le mal n'était pas un sorcier sans nez mais un dispositif politique réel et difficile à filmer, Hollywood proposait à des millions d'enfants la mythologie d'un mage maléfique vaincu par un orphelin élu. La fiction enfantine de l'élu prédestiné a probablement consolé une génération entière ; elle l'a aussi formée à attendre des solutions individuelles miracles à des problèmes collectifs.
🎬 Le saviez-vous ?
Daniel Radcliffe aurait insisté à onze ans pour porter ses propres lunettes pendant le tournage, prétextant qu'elles 'étaient déjà magiques' ; le département costume a fini par les peindre en cuivre pour qu'elles passent à l'écran.