Critique
Titre original : Harry Potter and the Order of the Phoenix
Harry Potter et l'Ordre du Phénix
Harry Potter et l'Ordre du Phénix, en 2007, est ce cinquième volet réalisé par David Yates qui marque le moment où la saga Harry Potter a définitivement basculé du conte d'apprentissage vers la pure logistique narrative : chaque épisode existe désormais pour préparer le suivant, et chaque scène pour faire avancer une mécanique d'intrigue dont seuls les fans de Rowling tiennent encore la carte mentale. Daniel Radcliffe, alors âgé de 17 ans, joue un Harry Potter en pleine crise d'adolescence avec une intensité que les comédiens adolescents ont rarement le talent d'incarner sans le caricaturer ; il caricature.
Imelda Staunton, en Dolores Ombrage, livre la seule chose vraiment intéressante du film : son personnage de bureaucrate fascisante en cardigan rose, qui prend le contrôle de Poudlard au nom du ministère, est une métaphore politique tellement précise et tellement bien jouée qu'on en oublie qu'elle est insérée dans une œuvre par ailleurs commerciale. Quand Ombrage punit Harry en lui faisant graver des phrases sur sa propre main, le film atteint un niveau de cruauté pédagogique que Yates n'aurait pas dû savoir filmer avec autant de précision.
La bataille finale au Département des mystères, où l'Ordre du Phénix affronte les Mangemorts dans une enfilade de salles ministérielles, est filmée avec un montage tellement haché qu'on ne sait jamais qui est où et qui frappe qui. C'est techniquement médiocre et c'est précisément la signature visuelle que Yates imposera aux trois films suivants, qui sont à peu près tous tournés en clair-obscur permanent.
2007, c'est l'année où Gordon Brown succède à Tony Blair au Royaume-Uni. Le pays se demande alors comment sortir des guerres engagées en Irak et en Afghanistan. Pendant que la politique réelle débattait des conséquences de la guerre contre la terreur, Harry Potter racontait l'invasion d'une école par une bureaucrate autoritaire. Il aurait été possible de lire le film politiquement ; personne ne l'a fait.
🎬 Le saviez-vous ?
Imelda Staunton aurait gardé son costume rose et son sourire crispé entre les prises sur le plateau et aurait progressivement été évitée par les jeunes acteurs principaux ; Emma Watson a déclaré, des années plus tard, qu'elle avait eu 'sincèrement peur d'elle' pendant les deux mois de tournage.