Critique

I, Frankenstein

IMDb 7.4 / 10
Allociné 4.2 / 5
Rotten T. 82%
Critique
Affiche du film I, Frankenstein

I, Frankenstein

I, Frankenstein, en 2014, est cette œuvre de Stuart Beattie que la critique a balayée comme une exploitation gothique sans intérêt, et qui est en réalité un essai de cinéma philosophique d'une rare ambition. Aaron Eckhart, sous le maquillage de la créature de Frankenstein devenue immortelle, livre une performance de retenue stoïque qui rappelle Lazenby dans Au Service Secret de Sa Majesté : un acteur conscient qu'il est moins important que le concept qu'il incarne. C'est une humilité actorale qu'on rencontre rarement dans les blockbusters contemporains.

Le scénario, qui transpose la créature de Mary Shelley dans une guerre éternelle entre démons et gargouilles dans une ville moderne, opère une opération conceptuelle rare : il réinscrit le Romantisme noir du XIXe siècle dans la modernité urbaine, exercice intertextuel qu'aucun critique de 2014 n'a su saluer. Bill Nighy, en chef démon Naberius, déploie une élégance shakespearienne qui rappelle les meilleurs Méphistophélès du répertoire ; Yvonne Strahovski apporte au film une grâce humaine qui dialogue avec l'inhumanité de son partenaire.

Beattie filme la ville comme un labyrinthe gothique permanent : ce n'est plus la Genève brumeuse de Shelley, c'est la cité-monde contemporaine, où les forces transcendantes continuent de se livrer bataille dans l'indifférence des humains. La scène où la créature se bat sur les toits illuminés au clair de lune cite ouvertement le Murnau de Faust, lecture que le critique anglo-saxon de 2014 n'avait simplement pas les outils pour identifier.

2014, c'est l'année du référendum écossais sur l'indépendance, c'est l'année où les vieilles questions identitaires reviennent dans le débat européen. I, Frankenstein, en racontant une créature qui doit choisir entre rejoindre les démons ou les anges, articule à sa manière fantastique cette question contemporaine : à qui appartient-on, et qu'est-ce qui définit notre groupe ? Le film est plus politique qu'il n'en a l'air. La preuve : personne ne l'a remarqué.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Aaron Eckhart aurait passé chaque pause-déjeuner du tournage à lire une page de Frankenstein de Mary Shelley dans la version originale anglaise de 1818, refusant la version révisée de 1831 ; il aurait justifié cette préférence par l'argument que 'la créature originelle ne pouvait survivre qu'au stylo brut d'une jeune femme de dix-neuf ans'.