Critique

Ida

IMDb 6.0 / 10
Allociné 2.5 / 5
Rotten T. 49%
Critique
Affiche du film Ida

Ida

Ida, en 2013, est ce film polonais de Paweł Pawlikowski tourné en noir et blanc et en format 4:3 que la critique festivalière a couronné parce qu'il cochait toutes les cases : austérité visuelle, gravité historique, durée raisonnable, et étiquette 'film d'auteur d'Europe centrale'. L'œuvre a remporté l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, ce qui en dit long sur la facilité avec laquelle l'Académie distribue les statuettes dès qu'un film d'Europe de l'Est respecte les conventions du genre 'mémoire douloureuse'. Agata Trzebuchowska, jeune femme sans expérience théâtrale, est filmée comme une icône byzantine pendant 82 minutes, ce qu'on a salué comme un casting d'une intuition remarquable et qui ressemble surtout à un cinéaste qui a renoncé à diriger une actrice.

Le scénario, qui suit une jeune novice catholique des années 1960 qui découvre ses origines juives, prétend interroger la culpabilité polonaise face à la Shoah. Il le fait avec une retenue tellement extrême qu'elle finit par devenir une élégance distinguée, exactement le contraire de ce que la matière demanderait. Pawlikowski filme la Pologne communiste comme un Bergman bavarois : tout est cadré, équilibré, esthétisé. La souffrance devient composition picturale.

La tante alcoolique, jouée par Agata Kulesza, est la seule chose vivante du film. Elle hurle, elle boit, elle fume, elle conduit ivre, elle se suicide. Quand elle saute par la fenêtre, le film perd définitivement son seul personnage doté d'une intériorité, et reprend sa progression méditative vers un final qui ressemble à un placement de produit pour la foi catholique tempérée.

2013, c'est aussi l'année où le président polonais Komorowski s'oppose au mouvement nationaliste qui prendra le pouvoir deux ans plus tard et passera l'IVG sous des restrictions médiévales. Ida, en faisant de la foi catholique un refuge tranquille, n'a pas exactement aidé à voir venir cette dérive.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Agata Trzebuchowska a refusé toutes les offres de cinéma qui lui ont été faites après le film, déclarant qu'elle préférait étudier la philosophie ; elle a tenu parole, et la critique a passé dix ans à se demander si c'était par profondeur ou par paresse.