Inception
Inception, en 2010, est ce film de Christopher Nolan dont le scénario a été présenté comme d'une complexité vertigineuse, et qui est en réalité un film de braquage très ordinaire avec une couche d'exposition supplémentaire à chaque palier. Leonardo DiCaprio, Joseph Gordon-Levitt, Ellen Page, Tom Hardy, Marion Cotillard et Ken Watanabe déambulent dans des décors qui se replient sur eux-mêmes comme une banderole publicitaire pour conseiller fiscal. Le concept central — il existe des rêves, on peut y entrer, on peut y voler des secrets — est exposé pendant les vingt premières minutes par Ellen Page qui pose des questions au nom du spectateur, dispositif d'écriture si paresseux qu'on ne le tolérerait pas dans une rédaction de classe préparatoire.
DiCaprio joue Cobb, voleur d'idées hanté par sa femme défunte, ce qui constitue exactement la même partition que dans Shutter Island sorti la même année : une héroïne morte qui revient hanter un homme tourmenté, des révélations sur la culpabilité, des plans en gros plan d'un acteur la mâchoire serrée. Marion Cotillard, dans le rôle de la femme fantôme, débite ses répliques en français avec une intensité qu'on a applaudie comme du jeu et qui ressemble surtout à un atelier d'art dramatique pour expatriés. Tom Hardy invente le seul personnage légèrement amusant du film en arborant des vestes trop ajustées avec un haussement de sourcil.
La scène d'action zéro gravité dans le couloir d'hôtel est citée comme un sommet d'innovation visuelle. C'est techniquement remarquable ; c'est aussi le seul moment où le film semble se souvenir qu'il est censé être divertissant, parce que le reste du temps il faut écouter Cobb expliquer une nouvelle fois les règles de l'inception à des personnages qu'on présume payés à l'écoute attentive. Le film se termine par une toupie qui tourne sans qu'on sache si elle va tomber, et cette ambiguïté finale est traitée par les analystes comme un coup de génie philosophique. C'est surtout un cinéaste qui n'a pas voulu prendre la responsabilité de finir son film.
2010, c'est la marée noire de Deepwater Horizon, soit un événement où le monde réel s'est rappelé que les véritables architectes de catastrophe portent des cravates et opèrent depuis des bureaux climatisés. Pendant que le golfe du Mexique mourait, Nolan demandait à son public de réfléchir à des rêves emboîtés.
🎬 Le saviez-vous ?
Christopher Nolan aurait insisté pour que la toupie de la dernière scène soit fabriquée en tungstène, prétextant que sa rotation 'avait des implications métaphysiques que le bois ne pouvait pas porter' ; aucun spectateur n'a perçu la différence.