Critique

Inglourious Basterds

IMDb 6.0 / 10
Allociné 2.5 / 5
Rotten T. 47%
Critique
Affiche du film Inglourious Basterds

Inglourious Basterds

Inglourious Basterds, en 2009, est ce film où Quentin Tarantino réécrit la fin de la Seconde Guerre mondiale en faisant brûler vif Adolf Hitler dans un cinéma parisien pendant qu'une jeune juive vengeresse lui rit au visage depuis l'écran, scénario qu'on a salué comme une catharsis libératoire et qui ressemble surtout à un fantasme adolescent de revanche servi par un réalisateur qui a découvert que filmer des nazis assassinés en plans serrés était plus rentable que filmer n'importe quoi d'autre. Christoph Waltz, dans le rôle du colonel Hans Landa, dispose d'une introduction de quinze minutes dans une ferme française où il interroge un fermier, scène qu'on cite comme un chef-d'œuvre de tension verbale et qui est, en effet, la seule chose intéressante du film.

Brad Pitt joue le lieutenant Aldo Raine avec un accent du Tennessee qu'il a inventé en route et qui lui sert à scander 'I want my scalps' face caméra. Mélanie Laurent, en juive cachée derrière un cinéma, fait son travail avec une dignité d'autant plus méritoire que le scénario lui demande essentiellement d'avoir l'air vengeresse pendant deux heures. Diane Kruger, en actrice allemande double agent, est tuée dans une scène où Tarantino s'arrête longuement sur l'étouffement d'une femme par strangulation : c'est filmé comme un moment de cinéma, c'est-à-dire avec esthétisme appuyé. La récurrence des morts féminines en plans rallongés chez ce cinéaste mériterait une analyse qu'on n'a jamais voulu mener.

La scène finale dans le cinéma incendié, où Hitler et Goebbels sont mitraillés par les Basterds pendant que l'écran projette le rire d'une morte, est conçue comme un sommet cathartique. C'est efficace ; c'est aussi une manière confortable de régler une dette historique par fantasme : l'Histoire a été ce qu'elle a été, mais on peut la réimaginer avec mitraillette. Le cinéma comme outil thérapeutique pour grands-parents que personne n'a vraiment vengés, voilà l'offre. Tarantino ne fait pas du cinéma sur la guerre, il fait du cinéma à la place de la guerre.

2009, c'est l'année où l'Iran réprime brutalement le mouvement vert, où des manifestants meurent dans les rues de Téhéran. Le réel produisait alors ses propres images d'oppression et de résistance, des images qu'aucun studio ne tournait. Hollywood, lui, vendait à son public la satisfaction de tuer des nazis dans une fiction soixante-cinq ans après leur défaite réelle. Le décalage des engagements est instructif.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

Brad Pitt aurait demandé que sa balafre au cou soit refaite chaque matin par un maquilleur différent, persuadé que 'la marque devait évoluer avec la psychologie du personnage' ; les dix maquilleurs ont produit dix balafres distinctes que personne n'a remarquées au montage.