Critique
Titre original : Now You See Me
Insaisissables
Insaisissables (Now You See Me), en 2013, est ce film de Louis Leterrier dans lequel quatre magiciens (Jesse Eisenberg, Woody Harrelson, Isla Fisher, Dave Franco) volent des banques pour redistribuer l'argent aux victimes d'escroqueries financières, scénario qu'on a applaudi comme un 'Robin des Bois moderne' et qui est, regardé de près, un Ocean's Eleven mal copié pour adolescents en quête de complotisme rassurant. Leterrier, cinéaste français recyclé par Hollywood pour faire les Transporter et l'incroyable Hulk, signe ici une mise en scène entièrement faite de mouvements de caméra circulaires et de coupes au battement.
Eisenberg joue le leader des magiciens avec son débit nerveux habituel, ce qu'on appelle désormais 'jouer comme Eisenberg' et qui constitue une carrière entière. Woody Harrelson lit dans les pensées avec un sourire de coyote, Isla Fisher fait disparaître des paillettes, Dave Franco prend des poses. Mark Ruffalo, en flic chargé de l'enquête, traverse le film en mode mépris vexé. Morgan Freeman, en démystificateur professionnel, livre sa voix-off habituelle de baryton sentencieux ; on lui demande d'expliquer tous les tours au spectateur, fonction qu'il accomplit sans relâche.
Le twist final, où Mark Ruffalo se révèle être lui-même le cinquième magicien manipulant tous les autres depuis le début, est filmé comme un retournement majeur et constitue en réalité un de ces tours de scénariste qui repose entièrement sur la rétention d'information dont le cinéaste n'avait aucune raison d'user. On découvre que tout ce qu'on a vu jusque-là était un piège ; on découvre aussi que le film n'avait pas grand-chose d'autre à raconter.
2013, c'est l'année des révélations Snowden, c'est-à-dire le moment où le réel produit du complotisme légitime au plus haut niveau. Insaisissables, en proposant un fantasme de redistribution magique par des magiciens cools, a probablement contribué à normaliser dans la culture pop l'idée que des héros vont régler les injustices du capitalisme à coups de tour de cartes. Ce n'est pas une bonne nouvelle.
🎬 Le saviez-vous ?
Jesse Eisenberg aurait appris la prestidigitation pendant trois mois avant le tournage, et aurait insisté pour réaliser lui-même certains tours visibles à l'écran ; le département des effets spéciaux aurait néanmoins refait la majorité d'entre eux en post-production, jugeant que 'les vrais tours de magie de Jesse étaient cinématographiquement insuffisants'.