Iron Man
Iron Man, en 2008, est ce film par lequel Marvel a inauguré son univers cinématographique partagé, et qu'on est désormais obligé de saluer comme un coup de génie de la stratégie commerciale, ce qui est juste, mais qui ne dit rien de la qualité du film en tant qu'œuvre. Robert Downey Jr., qu'on a sorti d'une longue traversée du désert de scandales et d'addiction, joue Tony Stark en milliardaire arrogant qui se transforme en sauveur après avoir été enlevé en Afghanistan par des terroristes, scénario qu'on aurait peut-être pu écrire en tenant compte du contexte géopolitique réel mais qu'on a préféré exécuter en mode publicitaire pour complexe militaro-industriel.
Downey est très bien, ce qui est devenu une formule pour ne rien dire ; il improvise la moitié de ses répliques, ce qui donne au film une vivacité qui distingue effectivement ce premier opus du reste de la franchise, où les acteurs apprendront à dire ce que les départements marketing ont validé. Gwyneth Paltrow, en Pepper Potts, est filmée comme un meuble sympathique qu'on déplace dans le décor selon les besoins du scénario. Jeff Bridges, en méchant Obadiah Stane, hérite du rôle ingrat du méchant prévisible que tous les premiers films de super-héros depuis vingt ans nous resservent : un personnage dont on sait qu'il est méchant à la trentième minute et qu'on doit attendre encore une heure et demie pour qu'il révèle ce qu'on sait déjà.
Le scénario tente une critique de l'industrie de l'armement américain : Tony Stark, fabricant de missiles, découvre que ses armes sont utilisées par des terroristes contre des civils, et décide donc de devenir un super-héros qui frappe les terroristes lui-même, ce qui n'est pas vraiment une dénonciation du complexe militaro-industriel mais plutôt sa version améliorée par individu fortuné. Le héros remplace le système en l'incarnant en plus efficace. C'est exactement la métaphore politique que Reagan aurait validée. La scène finale, où Stark révèle publiquement son identité de super-héros, est filmée comme un moment d'intégrité et constitue en réalité un coup marketing visant à vendre la suite.
2008, c'est l'année où Lehman Brothers s'effondre, c'est le début de la grande récession, c'est le moment où le capitalisme financier mondial révèle son extraordinaire fragilité. Pendant que des millions de personnes perdaient leur logement et leur emploi à cause de financiers en costume, Marvel proposait à son public un milliardaire en armure d'or qui sauvait le monde. La distance entre la nature des problèmes réels et la solution proposée par Hollywood est devenue, depuis, presque un genre.
🎬 Le saviez-vous ?
Robert Downey Jr. aurait improvisé la totalité d'une scène de gala de charité, dont aucune réplique ne figurait au scénario ; le directeur du casting a découvert plusieurs semaines plus tard qu'aucun des acteurs autour de lui ne savait ce qu'il s'était passé.