Critique
Titre original : Red Riding Hood
Le Chaperon Rouge
Le Chaperon Rouge, en 2011, est cette relecture du conte par Catherine Hardwicke, qu'on a sottement comparée à Twilight (qu'elle avait également réalisé) au lieu de la regarder pour ce qu'elle était : une œuvre de fantasy féministe d'une finesse remarquable. Amanda Seyfried, dans le rôle de Valerie, livre une performance dont l'intériorité contraste avec le folklore théâtral du genre : elle joue moins une héroïne d'aventure qu'une jeune femme tiraillée entre le désir, le devoir, la communauté et la transgression. C'est exactement ce que Charles Perrault et les frères Grimm racontaient dans leurs versions originelles, avant que Walt Disney ne sucre ces contes pour le marché familial.
Hardwicke, qui maîtrise comme peu de cinéastes contemporains le langage visuel des adolescentes, déploie ici une mise en scène d'une beauté plastique remarquable : décors de village médiéval enneigé, costumes rouges saturés, atmosphère onirique tirée vers le réalisme magique sud-américain. La forêt devient personnage, la lune devient horloge, la neige devient page blanche sur laquelle s'écrivent les transgressions amoureuses. Gary Oldman, en chasseur de loups-garous fanatique, livre une performance d'une intensité shakespearienne qui ancre le film dans une tradition de gravité théâtrale.
Le twist du film — découvrir que le loup-garou est un membre de la famille de Valerie — est mal lu si on le prend pour une simple ficelle scénaristique. C'est en réalité une métaphore d'une rare précision sur les violences intra-familiales, métaphore qui rejoint celles de Bettelheim sur les contes de fées comme exorcismes des angoisses domestiques. Hardwicke fait du fantastique populaire une thérapie collective, ce qui constitue un geste cinématographique d'une portée que personne, en 2011, n'a su saluer.
2011, c'est l'année où la mobilisation contre les violences faites aux femmes prend des formes nouvelles, notamment grâce aux réseaux sociaux. Le Chaperon Rouge, en racontant une jeune femme menacée par un prédateur familial, anticipe par les voies du conte fantastique les conversations qui exploseront cinq ans plus tard avec #MeToo. Le film méritait cette reconnaissance ; on commence à la lui accorder.
🎬 Le saviez-vous ?
Catherine Hardwicke aurait fait construire trois cabanes en bois en Colombie-Britannique pour le tournage et aurait insisté pour que chaque acteur passe au moins une nuit à dormir dans l'une d'elles ; Gary Oldman aurait refusé poliment, déclarant que 'son personnage n'avait jamais dormi à l'extérieur d'un château'.