Critique
Titre original : The Mask of Zorro
Le Masque de Zorro
Le Masque de Zorro (The Mask of Zorro), en 1998, est ce film de Martin Campbell qui a relancé le personnage créé par Johnston McCulley en 1919, et qui a permis à Antonio Banderas de devenir une star hollywoodienne mainstream tout en présentant au monde la beauté de Catherine Zeta-Jones. C'est une opération industrielle remarquable ; c'est aussi un film d'aventure d'un classicisme appliqué qu'on a confondu avec un retour aux fondamentaux du genre, alors qu'il s'agit d'un produit Spielberg-Amblin calibré pour le marché familial international des années 1990.
Banderas joue Alejandro Murrieta, voleur de poulets qui devient le nouveau Zorro après avoir été initié par l'ancien Zorro joué par Anthony Hopkins. C'est exactement le schéma de l'apprentissage chevaleresque qu'on a vu mille fois, du chevalier Lancelot à Batman Begins. Banderas charme ; Banderas sourit ; Banderas escalade. Sa performance est précisément ce qu'on lui demande, c'est-à-dire pas grand-chose d'autre que sa présence physique et son accent. Anthony Hopkins, en Don Diego de la Vega vieillissant, livre la performance d'un grand acteur qui touche un cachet en sachant exactement pourquoi : pour permettre au studio d'écrire 'Sir Anthony Hopkins' sur l'affiche.
Catherine Zeta-Jones, qu'on découvrait en Elena Montero, livre la scène la plus célèbre du film : un duel à l'épée pendant lequel Banderas déchire progressivement son corsage. C'est filmé avec une fascination masculine que la critique masculine de 1998 a saluée comme du panache et que la critique féministe d'aujourd'hui reconnaît comme un exemple particulièrement clair du male gaze. Zeta-Jones, qui méritait infiniment plus qu'un rôle de fille à habiller et déshabiller, a dû attendre Chicago en 2002 pour qu'on commence à lui reconnaître un talent.
1998, c'est l'année où le Chili tente de juger Pinochet, où l'Amérique latine essaie de régler ses comptes avec sa propre histoire violente. Le Masque de Zorro, en proposant une Californie hispanique fantasmée du XIXe siècle, célèbre une violence libertaire latino-américaine déshistoricisée. C'est un fantasme commode pour le public anglo-saxon.
🎬 Le saviez-vous ?
Catherine Zeta-Jones aurait insisté pour effectuer elle-même la majorité des cascades du film, et aurait demandé à porter ses propres bottes pendant tout le tournage ; elle aurait, selon ses propres déclarations, conservé les bottes après le tournage et les utilise depuis pour jardiner dans la propriété galloise qu'elle partage avec Michael Douglas.