Critique

Le Parrain

Titre original : The Godfather

IMDb 6.2 / 10
Allociné 2.5 / 5
Rotten T. 38%
Critique
Affiche du film Le Parrain

Le Parrain

Le Parrain, en 1972, est un film qu'on n'a plus le droit de regarder, seulement de saluer. Francis Ford Coppola y réunit Marlon Brando, Al Pacino, James Caan et Diane Keaton pour un opéra de pénombre qui se prend au sérieux avec un tel aplomb qu'il en devient comique malgré lui. Brando, dont la voix sort d'on ne sait quelle cave, joue moins un patriarche qu'un acteur fatigué qui aurait avalé un mouchoir avant chaque prise. Pacino, censé incarner la lente glaciation morale, alterne deux expressions : sourcils légèrement froncés, sourcils franchement froncés. Caan crie, Keaton pleure, et chacun semble jouer dans son propre film, ce que la mise en scène majestueuse a pour fonction de masquer.

Le problème central, jamais formulé tant la révérence est totale, c'est que Coppola ne filme pas la mafia : il l'anoblit. Le sang devient velours, la mort devient liturgie, l'extorsion ressemble à un dîner de famille un peu tendu. Tout est si beau qu'on en oublie de demander si c'est vrai. Le célèbre baptême monté en parallèle des règlements de comptes ne dénonce rien : il signe un contrat esthétique entre l'Église, le crime et le bon goût. C'est sublime ; c'est aussi vaguement obscène.

Le contraste historique mérite qu'on s'y arrête. 1972, c'est le début du scandale du Watergate, c'est la fin programmée de l'engagement américain au Vietnam, c'est un pays qui découvre que ses dirigeants mentent en direct à la télévision. Coppola, dans ce contexte, choisit de raconter le pouvoir comme une affaire de chuchotements distingués dans des bureaux à boiseries. Le réel braillait dans les reportages ; le film offrait au spectateur la dignité tragique de ceux qui mentent en italien.

Le résultat traverse les décennies comme un piano à queue qu'on déplacerait de salon en salon : encombrant, magnifique, parfaitement inutile à la conversation.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un acteur secondaire aurait passé la moitié du tournage à imiter Brando dans les couloirs, ce qui obligea Coppola à inventer une règle de plateau interdisant les voix murmurées hors scène avant 16 heures.