Critique
Titre original : The Godfather, Part II
Le Parrain, 2e partie
Le Parrain, 2e partie, en 1974, est le film qu'on cite quand on veut faire taire une discussion. Coppola fait alterner deux récits : la jeunesse de Vito Corleone à New York, jouée par De Niro avec un accent qui se cherche, et la pétrification morale de Michael Corleone, jouée par Pacino comme une pierre tombale en costume trois pièces. Cette structure parallèle, qu'on présente toujours comme un coup de génie, fonctionne surtout comme un alibi : quand l'une des deux intrigues s'enlise, on coupe vers l'autre, et le spectateur, hypnotisé par le velours, applaudit la maîtrise.
De Niro est très bien, ce qui est devenu une manière polie de ne rien dire ; il fait de Vito jeune une silhouette déjà historicisée, un mausolée portatif. Pacino réussit l'exploit de jouer le glacis avec une telle constance qu'on finirait par lui prêter une intériorité, comme on prête une biographie à un cube de granit bien éclairé. La séquence dans les Caraïbes, avec Michael Corleone qui regarde ses ennemis se mouvoir comme des poissons, est admirablement filmée et n'apprend rien que la première partie n'avait déjà dit, en deux fois plus court.
Le rapprochement avec 1974 est inévitable. Cette année-là, Nixon démissionne ; un président américain quitte le pouvoir parce qu'on a découvert qu'il enregistrait ses conversations dans des bureaux à moquette. Le réel offrait alors la chute la plus médiocre, la plus mesquine, la plus humaine d'un puissant. Coppola, lui, choisit cette même année pour redorer la chute mafieuse à coups de symphonie crépusculaire et de plans crépusculaires. Là où l'Histoire tendait un miroir cabossé, le film proposait une fresque encadrée pour salon de réception.
Il reste cette impression tenace : Coppola voulait filmer la tragédie d'une famille, il a filmé la statue qu'on en érigerait. Le projet réussit, et c'est précisément ce qui le rend embaumé.
🎬 Le saviez-vous ?
la moustache de De Niro aurait disposé d'une assistante personnelle, dont la fonction officielle consistait à la peigner après chaque silence supérieur à six secondes.